De sa grille d’entrée aux luminaires, en passant par son bas-relief monumental, le Palais de la Porte Dorée, aujourd'hui classé monument historique, se découvre au fil d’un parcours mêlant art, histoire et mémoire.
Il existe plusieurs façons de découvrir le Palais de la Porte Dorée. Si chaque détail de l’édifice révèle le talent des plus grands artistes de l’Art déco, le bâtiment porte la marque du projet colonial dont il fut l’un des principaux emblèmes dans les années 1930. À la fois remarquable par son architecture et complexe par son histoire, il constitue aujourd’hui un témoignage essentiel pour mieux comprendre un pan de l’histoire nationale.
Ce parcours vous invite à découvrir ses décors et son architecture, tout en confrontant le discours d’hier à un regard critique et contemporain.
L'extérieur du Palais
Conçu par l’architecte Albert Laprade à l’occasion de l’Exposition coloniale internationale de 1931, le Palais est un édifice emblématique de l'architecture Art déco. Il en reprend les principales caractéristiques : symétrie des espaces, géométrie et sobriété des lignes, design minimaliste, colonnade, grands volumes, utilisation du béton armé, etc.
Sa visite débute à l'extérieur, sur la place Édouard Renard, avec la statue de la France de Léon Drivier, pour se prolonger jusqu'au seuil de la porte du Palais, au pied du plus grand bas-relief sculpté du monde.
La statue en bronze de Léon Drivier
Réalisée en 1931 par le sculpteur Léon-Ernest Drivier pour le musée permanent des Colonies, cette statue en bronze doré devait initialement être créée par Antoine Bourdelle, décédé avant l’achèvement du projet. D’abord placée devant l’escalier d’honneur du Palais de la Porte Dorée, elle se trouve aujourd’hui quelques mètres plus loin, place Édouard-Renard, son déplacement s’expliquant notamment par les relations difficiles entre Drivier et l’architecte du Palais, Albert Laprade.
Statue « La France » de Léon Drivier au centre de la place Édouard-Renard.
© Palais de la Porte Dorée
Les Lionnes d'Henri Navarre
Les quatre lionnes monumentales situées à l’entrée du Palais de la Porte Dorée ont été imaginées par le sculpteur Henri Navarre. Elles s’inscrivent dans la tradition des animaux gardiens tout en adoptant une esthétique résolument moderne et épurée. Juchées sur leurs pylônes depuis 1931, elles veillent symboliquement sur le monument, leur silhouette tendue et leur puissance stylisée renforçant l’effet monumental de l’architecture Art déco. Conçues comme de véritables repères visuels, elles incarnent à la fois la force, l’élégance et le dialogue entre sculpture et architecture.
Deux lionnes du sculpteur Henri Navarre à l’entrée du Palais de la Porte Dorée.
Photo Cyril Zannettacci © Palais de la Porte Dorée
La grille d'entrée de Jean Prouvé
Entre l’avenue Daumesnil et le parvis du Palais, la grille de l’entrée principale a été dessinée par le célèbre ferronnier d’art de Nancy Jean Prouvé. Dans les années 1950, il collabore avec Le Corbusier et surtout Charlotte Perriand, avec qui il fonde en 1982, l'École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI - Les Ateliers). Architecte, il est le premier à introduire l’aluminium dans la construction de bâtiments.
La grille d'entrée du Palais de la Porte Dorée de Jean Prouvé
Photo Pascal Lemaître © Palais de la Porte Dorée © ADAGP, Paris, 2022
Le bas-relief d'Alfred Janniot
Réalisée en moins de deux ans par Alfred Auguste Janniot, sculpteur renommé pour ses décors monumentaux, cette vaste « tapisserie de pierre » de 1 130 m² constitue le plus grand bas-relief au monde. Recouvrant l’ensemble de la façade du Palais de la Porte Dorée, elle célèbre les richesses que l’empire colonial français tire de ses colonies, occultant les réalités de la domination, de l’exploitation et des inégalités inhérentes au système colonial. Son principal objectif ? Convaincre une opinion publique majoritairement indifférente au projet impérial français.
Le bas-relief d'Alfred Janniot au-dessus de la porte d'entrée du Palais de la Porte Dorée.
Photo Anne Volery © Palais de la Porte Dorée
L'intérieur du Palais, un panorama des arts décoratifs
La visite du Palais se poursuit à l'intérieur et dévoile un panorama exceptionnel des arts décoratifs des années 1930. Réalisé par Albert Laprade (1883-1978), le bâtiment a été conçu comme une œuvre d’art totale où architecture, mobilier et décors dialoguent en permanence. Des sols aux plafonds, on y croise les créations des plus grands artistes de l'époque : Jacques-Émile Ruhlmann, Eugène Printz, Raymond Subes, Edgar Brandt, Jean Dunand ou encore Gilbert Poillerat.
Les décors et espaces historiques se découvrent librement et gratuitement tout au long du parcours. Seul le Salon des laques, situé au troisième étage du Palais, est accessible avec un billet d’entrée au musée.
Le Hall d'honneur
Entrez dans l’espace central du monument : sa hauteur, son éclairage, ses matériaux et ses décors créent un effet spectaculaire qui illustre parfaitement l’esthétique Art déco.
À observer :
- les mosaïques : le rez-de-chaussée du monument est recouvert de mosaïques sur plus de 2 500 m². Celles-ci ont été réalisées par les Établissements Gentil & Bourdet.
- les luminaires : lampadaires, lustres, plafonniers et lampadaires en fer forgé témoignent du talent des plus grands artistes de l'Art déco.
- les réalisations en fer forgé : les rampes d'escaliers, balcons, protections de fenêtres ont été réalisées par des entreprises comme Baguès et Schenck, mais aussi par de véritables créateurs comme Edgar Brandt et Gilbert Poillerat.
Vue de l'entrée du hall d'honneur avec les ferronneries de Raymond Subes.
Photo Nicolas Borel © Palais de la Porte Dorée
Les salons historiques
Poursuivez votre visite par les deux salons d'apparat, classés au titre des monuments historiques depuis 1987, qui encadrent le Hall d'honneur du Palais.
Situé à gauche de l'entrée, le salon dit « Afrique » avait pour fonction d'accueillir le bureau de réception du ministre des Colonies, Paul Reynaud, durant l'Exposition coloniale de 1931. Le décor a été confié à l'une des figures majeures de l'Art déco, Jacques-Émile Ruhlmann, qui a réalisé un ensemble total, du sol en marqueterie au mobilier de luxe.
En savoir plus sur le Salon Afrique
Le salon « Asie » avait quant à lui pour fonction d’accueillir le bureau du Maréchal Lyautey, commissaire général de l’Exposition coloniale de 1931. Ici, une autre figure de l'Art déco a été désignée pour son décor : Eugène Printz. Sur les murs, les fresques réalisées par André et Ivana Lemaître représentent les apports philosophiques et artistiques de l'Asie à la métropole.
Le salon Afrique
Photo : Lorenzö © Palais de la Porte Dorée
Le Forum et ses fresques
La pièce centrale du Palais, le Forum - ancienne « salle des fêtes » pendant l'exposition coloniale - abrite une fresque monumentale de 600 m2 réalisée par le peintre Pierre Henri Ducos de la Haille. Celle-ci répondait à une commande précise : illustrer ce que la France présentait comme sa contribution intellectuelle et morale à ses colonies à des fins de glorification et de propagande.
Conçu dans un objectif de célébration et de propagande, ce décor participe à la diffusion d’une image valorisante de la colonisation. Il propose une vision idéalisée de la présence française outre-mer, tout en passant sous silence les rapports de domination, les formes d’exploitation et les violences qui ont accompagné l’entreprise coloniale.
Fresque centrale du Forum du Palais de la Porte Dorée de Pierre Henri Étienne Ducos de la Haille
Photo : Lorenzö © Palais de la Porte Dorée © ADAGP, Paris, 2018
Le Salon des laques
Direction le 3e étage, pour admirer le Salon des laques, l'ancienne bibliothèque du musée des Colonies reconstituée en 2023.
Conçu en 1931 par l’architecte du Palais Albert Laprade, pour accueillir le public du musée des Colonies, ce salon a retrouvé son mobilier en palissandre de Madagascar, classé au titre des monuments historiques, et les panneaux de laque de Jean Dunand, artiste hors pair, qui alors le décoraient. Cet ensemble mobilier et décoratif exceptionnel constitue un autre témoignage du style Art déco.
À noter : l'accès au Salon des laques nécessite un billet d'entrée au musée.
Le Salon des laques
Photo Cyril Zannettaci © Palais de la Porte Dorée
Pour prolonger votre découverte du monument, des visites et des ressources sont disponibles :
- Visites guidées thématiques « Le Palais, traces de l’histoire coloniale » et « Le Palais et son architecture art déco », sur réservation : voir l'agenda
- Podcast « L'architecture comme outil de discours »
- Retrouvez tous nos articles sur le monument