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Revue Mondes & Migrations Article de dossier/point sur

« Paris est vite devenue une plaque tournante du jazz en Europe ». Entretien avec Ludovic Tournès, historien.

Professeur d’histoire internationale à l’université de Genève depuis 2012, spécialiste d’histoire des relations internationales et d’histoire culturelle, Ludovic Tournès est le lauréat du prix des Rendez-vous de l’histoire de Blois 2021 pour son livre Américanisation. Une histoire mondiale XVIII e -XXI e siècles (Fayard, 2020). Il revient dans son ouvrage New Orleans Sur Seine. Histoire du jazz en France (Fayard, 1999) sur les musiciens de Jazz en France et leur intégration dans les sociabilités entre artistes étrangers à Paris entre 1945 et 1972.

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Paris, capitale anticoloniale ?

Le renouvellement esthétique de la modernité artistique des années 1950-1970 doit beaucoup à une constellation d’artistes plasticiens venus à Paris de pays anciennement colonisés. L’étude de leur circulation et de leur travail dans la capitale, de leurs espaces de formation à l’émergence d’espaces de contestations témoigne de leur volonté de dépasser les stéréotypes coloniaux. Elle révèle également les difficultés de leur réception en France avec la réticence des musées à accueillir leurs œuvres dans leurs collections.

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Artistes étrangers perdus, libres et aimés à Paris, 1944-1968

Serge Guilbaut est le commissaire d’une grande exposition intitulée Paris pese a todo qui s’est tenue du 21 novembre 2018 au 22 avril 2019 au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, à Madrid sur les artistes étrangers à Paris entre 1944 et 1968. L’exposition avait le même sujet que Paris et nulle part ailleurs , mais avec une approche très différente. Conçue chronologiquement, portant sur de nombreuses formes artistiques (jazz, photographie) sans se focaliser uniquement sur quelques artistes, incluant des artistes arrivés avant-guerre comme Picasso, Kandinsky, elle s’attachait à restituer l’effervescence créative dans la capitale après-guerre plus que des trajectoires d’individus. Serge Guilbaut cherchait à comprendre pourquoi l’histoire a retenu certains artistes plutôt que d’autres. Il est par ailleurs l’auteur d’un livre majeur sur l’histoire de l’art du XX e siècle, Comment New York vola l’idée d’art moderne , en 1982, démontrant comment Paris perdit sa suprématie ; qu’il revienne sur cette aventure près de quarante ans plus tard n’est pas anodin. Un catalogue en version espagnole ou anglaise — mais pas française — accompagne l’exposition, que l’on peut retrouver aujourd’hui sur Internet . L'introduction du catalogue de l'exposition Artistes étrangers perdus, libres et aimés à Paris rédigé par Serge Guilbaut, ici traduite, présente la complexité de la scène parisienne. La seconde partie introduit la diversité des textes critiques de l’époque.

Revue Mondes & Migrations Éditorial

Les mystères de Paris

À l’occasion de l’ouverture de l’exposition Paris et nulle part ailleurs (1945-1972) dirigée par Jean-Paul Ameline, la revue élargit le prisme des disciplines artistiques concernées par la même période. Au-delà des parcours migratoires et des démarches créatives des artistes étrangers présents à Paris, ce numéro interroge le rôle très singulier de Paris comme l’une des principales scènes cosmopolites de la modernité, « là où l’art d’avant-garde s’élabore », et tente de comprendre pourquoi cette capitale culturelle en Europe attire des artistes de tous les horizons. Sébastien Gökalp, directeur du Musée national de l’histoire de l’immigration et directeur de cette publication, a formulé une double ambition pour ce numéro : apporter une contextualisation critique des circulations artistiques, notamment en les analysant par constellations dessinées en fonction d’une origine géographique commune ; proposer aux lecteurs une plongée historique pour faire « […] ressentir la vibration de ces années parisiennes […], écouter les discussions de café, sentir l’odeur des ateliers, entendre la bande-son jazz de l’époque ».

Revue Mondes & Migrations Article de dossier/point sur

Introduction

Ce dossier accompagne l’exposition Paris et nulle part ailleurs (1945-1972) . L’ampleur du sujet rendait illusoire une volonté de couvrir toutes les dimensions, aussi bien artistiques que thématiques. Le catalogue de l’exposition réunit des textes, sous la direction du commissaire de l’exposition Jean-Paul Ameline, sur la venue d’étrangers à Paris, les circulations internationales, les lieux de sociabilité, et présente les principaux éléments du parcours (textes de salle, chronologie, biographies). En écho, ce dossier d’ Hommes & Migrations ouvre sur des domaines et des pistes complémentaires. Il aborde la catégorie socioprofessionnelle d’« artiste » immigré, plus que l’expression artistique. La recherche en histoire de l’art s’intéresse depuis longtemps aux liens entre migration et création, le cosmopolitisme parisien est un thème d’exposition devenu classique. Le Centre Pompidou a établi sa réputation sur la série d’expositions Paris-New York, Paris-Berlin, Paris-Moscou . Enfin, sur un même sujet, l’exposition de Serge Guilbaut Paris pese a todos choisit un autre axe, chronologique. Aujourd’hui encore, la fondation Giacometti accompagne des recherches sur ce thème à travers L’École des modernités , l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) a comme domaine de recherche « histoire de l’art mondialisée », et un programme « Collectionneurs, collecteurs et marchands d’art asiatique en France 1700-1939 ». D’autres arts comme le jazz, la littérature, le cinéma, le théâtre et la danse sont ici étudiés, enjeux souvent similaires d’une forme de création à l’autre. Articles de fond, synthèse de recherche, textes de référence, entretiens, diverses formes sont ici présentes. L’approche par nationalité est, au moins depuis les années 1980, très répandue, aussi bien chez les universitaires que comme sujet d’exposition (voir les bibliographies du catalogue et des articles de ce numéro), parlant d’artistes qui se retrouvent volontiers autour de leur patrie et de leur langue d’origine. Les recherches récentes ont une approche davantage multinationale. Un intérêt grandissant est porté aux migrations liées à la colonisation. L’approche biographique connaît un renouveau, contribuant à l’interprétation des œuvres : ce n’est plus tant tel ou tel événement de la vie d’un artiste qui permet d’expliquer le travail, que son rapport à sa culture d’origine, ses échanges dans le pays d’arrivée. Certains auteurs s’attachent à quelques années d’une vie, d’une revue oubliée, tandis que d’autres optent pour le temps long. La petite histoire donne son relief à la grande, et cela permet de nuancer des affirmations bien établies, sur la primauté de New York, l’hospitalité parisienne, l’absence de destinations concurrentes, par exemple. Les historiens sont ici mêlés avec les historiens de l’art, certains publiant leur premier texte, tandis que d’autres sont des auteurs de référence.

Revue Mondes & Migrations Champs libres : livres

Em

Kim Thúy, Paris, Liana Levi, 2021, 160 pages, 15 euros.

Revue Mondes & Migrations Champs libres : livres

La Voix du Moloch

Sandrine-Malika Charlemagne, Paris, Velvet, 2020, 192 p., 14,90 euros.