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Handballeurs de l’Olympe : Nikola Karabatic et Daouda Karaboué

Nikola Karabatic a été sélectionné pour la première fois en équipe de France de handball en 2002, alors qu’il n’a que 18 ans, aux côtés de la vedette de l’équipe, le Réunionnais Jackson Richardson. Il est devenu depuis le joueur phare de cette équipe, que l’on surnomme « les costauds », puis « les experts », et le symbole d’une réussite sportive qui a conquis le grand public pour un sport jusqu’alors considéré comme une pratique scolaire. La Yougoslavie, pays du handball et de Nikola Karabatic Bien avant, le handball avait un tout autre statut en Yougoslavie, le pays de naissance de Nikola Karabatic. La Yougoslavie monte ainsi en 1972 sur la plus haute marche du podium du tournoi olympique de handball à sept (auparavant les équipes comptaient onze joueurs). Dans les années 1980, alors que les pays du bloc de l’Est dominent le handball international, les joueurs yougoslaves font figure de référence, à la fois par leurs résultats (champions olympiques à nouveau en 1984), mais aussi par leur virtuosité technique. Nombreux sont ceux, comme les footballeurs qui jouissent de la même réputation, à faire fructifier leur talent en rejoignant des clubs professionnels en Allemagne et en France où ils sont prisés. Ils peuvent se le permettre car le régime socialiste de Belgrade, dès 1948, s’est affranchi de l’hermétisme du bloc soviétique. Ces sportifs de haut niveau participent du reste à l’important flux migratoire yougoslave pour lequel la France a été une destination entre les années 1960 et 1970. En 1982, 64 420 Yougoslaves sont recensés dans l’Hexagone. C’est à peu près à ce moment, en 1984, que Branko Karabatic, Croate qui a été gardien de but de l’équipe nationale yougoslave, quitte son pays pour devenir entraîneur-joueur du club strasbourgeois de Robertsau. Son fils Nikola vient à peine de naître (le 11 avril 1984) à Niš en Serbie, la plus importante des Républiques fédérées de la Yougoslavie dont est originaire son épouse. Sa famille ne le rejoint en Alsace que quatre ans plus tard et s’agrandit avec la naissance à Strasbourg de Luka, appelé à devenir partenaire, et même capitaine, de son grand frère en équipe de France. Daouda Karaboué, un partenaire venu d’Afrique Dans cette équipe, à partir de 2004, évolue au poste de gardien de but un autre joueur, certes moins en lumière, mais lui aussi venu d’ailleurs et à peine naturalisé. Daouda Karaboué est né en 1975 à Abidjan en Côte d’Ivoire. Il arrive en France en 1984 avec son père chauffeur de l’épouse du président ivoirien Félix Houphouët-Boigny. Placé dans un foyer, alors que son père rentre au pays et que sa mère est exilée aux États-Unis, il fait ses débuts sur les terrains de handball à Mandelieu dans les Alpes-Maritimes, avant de rejoindre à Montpellier l’un des plus grands clubs français, qui est aussi celui de Nikola Karabatic. Les titres de champions de France s’accumulent pour les deux hommes : neuf pour Karaboué, quinze pour Karabatic (avec Montpellier, puis le Paris Saint-Germain). Nikola Karabatic est également champion en Allemagne avec Kiel et en Espagne avec Barcelone. Il remporte en outre trois trophées européens de la Ligue des champions (Montpellier 1995, Kiel 2007 et Barcelone 2015). En équipe de France, ils sont ensemble champions olympiques en 2008 et 2012, champions du monde en 2009 et 2011 et d’Europe en 2006 et 2010. Nikola Karabatic ajoute à son palmarès une autre médaille d’or olympique à Tokyo en 2021, trois autres titres de champions du monde (2015 et 2017) et deux de champion d’Europe (2014 et 2024). La Croatie, entre attachement et rivalité Pour Nikola Karabatic, ces compétitions internationales sont souvent l’occasion de se confronter à ses origines, car l’équipe de Croatie, avec celles de la Suède et du Danemark, est l’une des grandes rivales de la France. Quasiment à chaque match, en particulier lorsqu’il s’agit d’une finale, il est appelé à s’exprimer dans les médias. Il y rappelle systématiquement que le choix de la France, pays où il a grandi depuis l’âge de ses 4 ans et dont il est pétri de la culture, s’est toujours imposé à lui comme une évidence à l’heure de revêtir le maillot d’une sélection nationale. « Il y a une grande partie de moi serbo-croate », déclare-t-il néanmoins au journal 20 Minutes à la veille d’un match France-Croatie (18 janvier 2018). Ses parents l’ont tenu à l’écart du conflit qui a opposé leurs deux pays d’origine lors de l’éclatement de la Yougoslavie. Nikola Karabatic se souvient plutôt de la Croatie comme du « pays de [ses] vacances ». Les Karabatic se rendaient, en effet, fréquemment dans une petite maison qu’ils possédaient sur la côte dalmate, près de Split, où ils y retrouvaient les grands-parents et d’autres membres de la famille. Nikola Karabatic parle la langue et écoute la musique du pays de son père. Il avoue même que son cœur balance parfois lorsqu’il est spectateur de rencontres sportives entre la France et la Croatie, comme lors de la demi-finale de la Coupe du monde de football en 1998, où il se réjouit du succès français et s'attriste de la défaite croate. En Croatie, il reçoit un bon accueil d’un public connu pour sa ferveur, comme lors du championnat du monde en 2009, sauf pour la finale qui oppose la France au pays hôte, au cours de laquelle il est abondamment conspué. Ses parents disent en souffrir, lui affirme ne pas en être perturbé, arguant de l’expression de la seule rivalité sportive entre les deux pays et de celle plus singulière que les médias alimentent avec le joueur vedette croate, le talentueux Ivano Balić. Élu à trois reprises (2007, 2014 et 2016) par la Fédération internationale de handball « meilleur joueur de l’année », Nikola Karabatic, au jeu autant engagé physiquement que maîtrisé techniquement, est considéré comme l’un des meilleurs handballeurs de tous les temps. À 40 ans, un record de longévité au plus haut niveau, il entend enrichir son palmarès exceptionnel d’une nouvelle médaille d’or olympique à Paris en 2024. Il sera alors sans doute temps de mettre un terme à une carrière qui l’inscrit au rang des plus grands athlètes de l’histoire du sport français.

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Vencelas Dabaya : « l’homme fort » venu du Cameroun

Vencelas Dabaya est né le 28 avril 1981 à Tsinga, quartier populaire de Yaoundé, la capitale du Cameroun. Très tôt, l’haltérophilie occupe son esprit, mais sa mère ne veut rien savoir et le contraint à l’obtention d’un bac spécialisé en génie mécanique. Son père est plus ouvert, mais il décède prématurément, en 1993. Vencelas prend néanmoins l’haltérophile très au sérieux et obtient des résultats qui le placent parmi les meilleurs du Cameroun. Un champion africain En 1995, il est sélectionné dans l’équipe des juniors pour participer aux Jeux africains, à Harare (Zimbabwe). Il revient avec une troisième place dans la catégorie des moins de 56 kilos. Les haltérophiles camerounais, emmenés par Samson Ndicka Matam (champion d’Afrique), performent en terminant à la seconde place des médaillés (15 titres) derrière les « maîtres égyptiens ». Durant ses premières années en sélection, Ndicka Matam est le modèle du jeune Dabaya. Ndicka Matam est souvent invité en France pour bénéficier des conseils des meilleurs entraîneurs de la cellule haltérophilie de l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep), l’usine à champions. Vencelas Dabaya songe aussi à cet horizon lointain et le désir de France s’installe dans ses perspectives de progression. Sa motivation décuple. En 1998, il est sacré champion d’Afrique junior au Caire (Égypte). Une année plus tard, dans la catégorie senior, il décroche la troisième place des Jeux africains. La même année, il participe aux championnats du monde qui se déroulent à Athènes, où il obtient des résultats très décevants (éliminé à l’arraché et trente-sixième à l’épaulé-jeté). Un sportif sans papiers Lors de cette compétition, il retrouve Jean-Claude Collinot, déjà rencontré à Harare, qui est directeur technique national à la Fédération française d’haltérophilie et chargé des bourses olympiques dans le cadre du Relais France/Cameroun, mis en place par un service de la coopération française. Jean-Claude Collinot lui conseille de venir en France pour intégrer le club qu’il a créé en 1967 et qui est devenu le meilleur de l’Hexagone : l’Haltérophilie Club Avallon (HCA). Basée dans le département de l’Yonne, à une cinquante de kilomètres d’Auxerre, cette structure bénéficie d’infrastructures d’excellence pour une carrière de haut niveau. Au HCA, Vencelas peut bénéficier d’un coéquipier et compatriote de valeur : son modèle, le Camerounais Samson Ndicka Matam. Malgré son statut de sportif, l’arrivée en France de Vencelas Dabaya ne diffère cependant guère des récits malheureux des migrants d’Afrique de l’Ouest. Sans titre de séjour à long terme, il débarque à la fin de l’année 1999 avec un visa grec, obtenu pour sa participation aux championnats du monde dans ce pays. Comme beaucoup de personnes sans papiers, il fait l’expérience de la peur du rapatriement dans le pays d’origine, de la honte du retour au pays, de la solitude, de l’exil « forcé », du choc culinaire, du froid, d’une petite ville de province… Sur le plan sportif, le constat est mitigé. La concurrence est élevée et il n’arrive pas à se démarquer. Son niveau le relègue dans les compétitions régionales alors qu’il rêvait de concourir avec l’élite nationale. La promesse des dirigeants d’une régularisation rapide de sa situation administrative paraît s’éloigner. Dabaya envisage un autre départ. De nouveau courtisé par un dirigeant ambitieux, il se rend à Saint-Médard-en-Jalles, près de Bordeaux, dans un club en quête de nouveaux talents et de notoriété. Il se sent à l’aise dans cette nouvelle structure et les performances arrivent. En 2002, il devient le premier Camerounais à décrocher l’or aux Jeux du Commonwealth. Quelque mois plus tard, il est champion d’Afrique. Il devient rapidement un héros national. À l’été 2004, il est désigné porte-drapeau de la délégation camerounaise aux Jeux olympiques d’Athènes. Il termine cinquième de la compétition. Un champion naturalisé Son ambition de disposer des conditions maximales pour être au sommet de la hiérarchie de l’haltérophilie mondiale et les sollicitations des dirigeants français pour qu’il intègre l’équipe tricolore le poussent à une décision qu’il qualifie d’« égoïste » : la demande de naturalisation française. L’arrivée de Vencelas Dabaya au sein des Bleus représente une belle opportunité pour renforcer l’haltérophilie française dont les derniers titres olympiques remontent aux Jeux de Berlin en 1936, avec le mi-lourd Louis Hostin, déjà médaillé d’or quatre ans plus tôt à Los Angeles. Depuis, le palmarès français ne s’est enrichi que de la médaille de bronze en poids lourds moyens de Jean Dubuf à Melbourne en 1956 et de la médaille d’argent en poids légers de Daniel Senet à Montréal en 1976. En novembre 2004, Vencelas Dabaya obtient sa naturalisation et s’engage dans l’armée de Terre. Un an après, il termine à la troisième place aux championnats du monde, puis obtient la médaille d’argent aux championnats d’Europe. 2006 est l’année de la consécration. En Pologne, il est sacré champion d’Europe, puis décroche à Saint-Domingue le graal : le titre mondial en moins de 69 kilos. La réussite est historique puisqu’il faut remonter à 1922 pour voir un Français sacré champion du monde. Deux années plus tard, sous les couleurs de la France, Dabaya remporte la médaille d’argent aux Jeux olympiques de Pékin. Décoré de l’ordre national du Mérite, il est désormais élevé en figure de proue de l’haltérophilie française. Aux championnats d’Europe à Antalya en Turquie en 2012, pour la première fois de son histoire, la France place deux athlètes sur le podium : Vencelas Dabaya (argent) et Bernadin Kingué Matam (bronze), un athlète originaire du Cameroun et une future étoile de l’haltérophilie tricolore. Après une brillante carrière, au Cameroun puis en France, le Franco-Camerounais Dabaya rejoint en 2016 le staff de l’équipe de France d’haltérophilie en tant qu’entraîneur.

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Aladji Ba, le défricheur et le passeur

Né au Sénégal le 15 décembre 1973, Aladji Ba arrive en France à Paris quelques mois plus tard. Le destin du petit garçon bascule à l’âge de 5 ans lorsqu’un rétinoblastome, ou cancer de la rétine, le prive de la vue. Alors qu’il fréquente un institut spécialisé, un professeur de sport le repère et lui propose de pratiquer l’athlétisme. Aladji Ba découvre alors une incroyable sensation de liberté, car il n’est absolument pas naturel pour un non-voyant de courir. Il débute l’athlétisme handisport en 1984, inspiré par les performances du sprinteur et sauteur en longueur américain Carl Lewis, quadruple médaillé d’or aux Jeux olympiques de Los Angeles. Mais ce n’est que bien plus tard qu’il va pratiquer l’athlétisme à haut niveau. En 1996, il rencontre, à l’US Métro, son premier guide Philippe Biscay, grâce à leur entraîneur commun Olivier Deniaud. Naturalisé Français en 1998, Aladji Ba est le premier sprinteur non voyant à représenter la France dans des compétitions internationales. Avec Philippe Biscay, ils doivent donc au début défricher une terra presque incognita . La recherche de sponsors constitue un autre parcours du combattant longtemps demeuré infructueux. Un champion de sprint handisport Médaillé de bronze sur 200 mètres aux championnats d’Europe en 1999, Aladji Ba participe l’année suivante, à 26 ans, à ses premiers Jeux paralympiques à Sydney et réalise un rêve : celui de pouvoir se rendre en Australie. Sa joie communicative lors de la cérémonie d’ouverture en témoigne. Médaillé de bronze sur 400 mètres, il réitère cette performance quatre ans plus tard à Athènes. Entre ces deux olympiades, il monte à deux reprises sur la troisième marche du podium sur 400 mètres lors des championnats du monde 2002 et 2003. Sur le tour de piste, il engrange aussi deux titres de vice-champion d’Europe en 2001 et 2003, ainsi qu’une nouvelle médaille de bronze sur 200 mètres lors des championnats d’Europe de 2001. Aladji Ba cumule également de nombreux titres de champion de France sur 200 mètres et 400 mètres. En 2008, à Pékin, il participe à ses troisièmes et derniers Jeux paralympiques. Une personne inspirante Ces résultats sont certes dus à d’indéniables prédispositions d’Aladji Ba pour l’athlétisme et à un travail acharné à l’entraînement. Mais cette réussite est aussi le fruit de la complicité, sur et hors de la piste, qu’il a su tisser avec ses guides successifs, Philippe Biscay, puis Denis Augé. Cette relation entre athlète et guide, reliés par une cordelette, partageant le même couloir, courant à la même allure et ne faisant plus qu’un sur la piste, a inspiré le réalisateur Régis Warnier pour l’écriture de son film La Ligne droite , avec Rachida Brakni et Cyril Descours dans les rôles titres. Sorti sur les écrans en 2011, ce long-métrage relate l’histoire d’un jeune athlète devenu aveugle à la suite d’un accident. Aladji Ba y joue son propre rôle et a largement contribué à la genèse du film. Aladji Ba a par ailleurs ouvert le champ des possibles à d’autres athlètes handisports, tels Trésor Makunda, médaillé d’argent sur 100 mètres aux Jeux paralympiques d’Athènes, double champion d’Europe sur 100 mètres et 200 mètres et champion du monde sur 100 mètres. Aladji Ba partage enfin sa passion pour les valeurs du sport en rencontrant des jeunes dans et hors du cadre scolaire.

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Thu Kamkasomphou, du Laos à la France qui gagne

Très tôt douée pour le tennis de table, Thu Kamkasomphou saura tirer profit de cette compétence pour obtenir sept médailles aux Jeux paralympiques entre 2000 et 2021. Ses plus beaux exploits restent les médailles d’or individuelles obtenues en 2000 à Sydney et en 2008 à Pékin en finale du simple dames en catégorie 8 (handicap léger avec le pongiste en position debout). Mais, plus encore, c’est la longévité au plus haut niveau qui suscite l’admiration pour cette championne. En 2021 à Tokyo, alors âgée de 53 ans, Thu Kamkasomphou obtient encore deux médailles de bronze en individuel et par équipe aux côtés d’Anne Barnéoud, avec des espoirs légitimes pour 2024… Thu Kamkasomphou représente aussi un parcours d’immigration qui s’inscrit dans l’arrivée des réfugiés d’Asie du Sud-Est en France à la fin des années 1970. Née en 1968 à Savannakhet, seconde ville du Laos construite par les Français à la fin du XIX e siècle, située sur le Mékong et frontalière de la Thaïlande, Thu Kamkasomphou arrive en France en 1979. Si la guerre civile laotienne s’est terminée en 1975 après deux décennies de violences entre le Pathet Lao révolutionnaire et le Royaume du Cambodge, une importante partie de la population civile décide de quitter le pays. C’est le cas de la famille de Thu Kamkasomphou, qui est accueillie à Rennes dans le contexte d’un élan de solidarité exceptionnel qui s’exprime dans la France de Valéry Giscard d’Estaing en faveur des réfugiés du Sud-Est asiatique. L’arrivée de ces boat people , appelés ainsi parce qu’ils quittent leur pays par la mer, est en effet très médiatisée et suscite une forte mobilisation. Le passage au handisport C’est à Rennes qu’elle développe ses qualités de pongiste avant d’intégrer le Centre de haut niveau de Caen, parallèlement à une licence qu’elle prend dans le club de la commune de Mondeville. Promise à un bel avenir de sportive de haut niveau, Thu Kamkasomphou commence à souffrir à l’âge de 18 ans de douleurs aux jambes. Les médecins lui diagnostiquent une maladie rare, la périartérite noueuse qui l’empêchera non seulement d’être compétitive mais aussi de marcher normalement. Sa pratique du tennis de table est alors remise en cause. Après une longue période de consultations et de soins qui améliorent sa motricité, Thu Kamkasomphou décide d’abandonner l’idée de s’aligner parmi les valides et intègre l’équipe de France de handisport : nous sommes en 1999. Un nouveau défi, à retardement : à plus de 30 ans, sa carrière est lancée avec un palmarès impressionnant qui, à partir de 2000, outre les Jeux paralympiques, la hisse au plus haut niveau et s’étoffe au fil des ans (16 titres de championne de France, 7 de championne d’Europe et un de championne du monde en 2010 en Corée du Sud). Fierté française devenue commandeur de l’ordre national du Mérite, Thu Kamkasomphou apparaît comme une figure exemplaire de sportive accomplie.

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Roxana Maracineanu, nageuse en liberté

Roxana Maracineanu naît le 7 mai 1975 à Bucarest dans la Roumanie du dirigeant communiste Nicolae Ceausescu. Elle commence par le patinage, avant de pratiquer la gymnastique, sport dans lequel s’est illustrée la Roumanie aux Jeux olympiques de Montréal en 1976. La propagande du régime de Ceaucescu a en effet copieusement exploité les trois médailles d’or, la médaille d’argent et la médaille de bronze remportées par une jeune gymnaste de 14 ans, Nadia Comaneci, qui a, de surcroît, obtenu à sept reprises la note maximale de 10 lors de la compétition. De la Roumanie à la France via l’Algérie Roxana Maracineanu débute la natation à l’âge de 8 ans. Toutefois, peu de temps après, son père Vasile, ingénieur en génie civil, se porte candidat pour travailler comme coopérant en Algérie. Sa femme Elena et son jeune fils l’accompagnent, mais sa fille Roxana doit rester au pays pour éviter, suivant la politique du régime, la fuite d’une famille à l’Ouest. Quelques mois plus tard, elle les rejoint et le père obtient l’autorisation du gouvernement roumain de rentrer en Roumanie avec sa propre voiture. La famille embarque donc, en 1984, sur Le Liberté à destination de Marseille. Loin de prendre le chemin de l’Est pour repasser derrière le rideau de fer, ils se rendent à Paris, afin de solliciter l’asile politique en France, auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Ils prennent ensuite la direction de Riec-sur-Bélon dans le Finistère pour être hébergés durant l’hiver dans un village de vacances transformé en centre d’accueil. En Bretagne, Roxana et son frère apprennent le français en quelques mois, avant de reprendre la route vers Blois où le père a été embauché, puis quelque temps plus tard c’est l’arrivée à Mulhouse. En France depuis l’âge de 9 ans, Roxana Maracineanu est naturalisée à 16 ans en 1991, année de ses premiers titres majeurs en natation. Une championne de natation Roxana Maracineanu replonge dans les bassins à Blois où ses parents l’ont inscrite dans un club local, puis elle s’épanouit au Mulhouse Olympic Natation (MON). Entraînée par Lionel Horter, elle remporte à 16 ans, en 1991, les titres nationaux sur 100 mètres et 200 mètres et une médaille d’argent sur 50 mètres. Puis, l’année suivante, elle bat le record de France du 100 mètres dos, qui tenait depuis douze ans. Elle rate alors de peu la sélection pour les Jeux olympiques de Barcelone, et il en sera de même pour ceux d’Atlanta quatre ans plus tard. En 1997, lors des championnats de France, elle s’adjuge le record national sur 200 mètres dos. Puis, aux championnats d’Europe à Séville, Roxana Maracineanu obtient une médaille d’argent et une de bronze respectivement sur 100 mètres et 200 mètres dos, améliorant au passage les records de France des deux spécialités. En 1998, à l’occasion des championnats du monde de natation qui se déroulent à Perth en Australie, pays où cette discipline attire un public connaisseur et nombreux, Roxana Maracineanu s’impose sur 200 mètres dos et devient, à la surprise générale, la première française championne du monde de natation. Son travail acharné durant de longues heures d’entraînement quotidien a payé. Elle reçoit pour cet exploit inédit les chaleureuses félicitations du président de la République Jacques Chirac qui la fait chevalier, puis, trois ans plus tard, officier de l’ordre national du Mérite. Dès son retour, elle est également l’invitée d’honneur de la représentation permanente de la Roumanie, devenue démocratique, auprès du Conseil de l’Europe à Strasbourg. Celle qui se considère comme « entièrement roumaine et entièrement française » accepte avec plaisir de jouer le rôle de trait d’union entre ces deux cultures européennes. Cette couronne mondiale est aussi l’une des plus belles formes de remerciement pour les sacrifices consentis par ses deux parents, qui ont tout abandonné pour ouvrir à leurs enfants le champ des possibles. Lors des championnats d’Europe disputés à Istanbul, en 1999, la Mulhousienne confirme son statut de favorite en remportant le 200 mètres dos et en engrangeant une médaille de bronze supplémentaire sur 100 mètres dos. En 2000, elle est de retour en Australie pour enfin participer, à 25 ans, à ses premiers Jeux olympiques à Sydney. Roxana Maracineanu s’aligne d’abord sur 100 mètres dos et bat trois fois le record de France en séries, en demi-finale et en finale, pour finalement échouer à la quatrième place au pied du podium. Cette confrontation avec les sprinteuses a servi de tour de chauffe au moment de disputer le 200 mètres dos, sa distance de prédilection sur laquelle elle est championne du monde en titre. Elle bat en séries à nouveau le record de France et se qualifie ensuite pour la finale. Roxana Maracineanu termine seconde derrière une jeune roumaine de 16 ans, Diana Mocanu, déjà titrée sur le 100 mètres dos. Elle est donc vice-championne olympique, comme Christine Caron en 1964 à Tokyo. Sur le podium, Roxana entend, ironie du sort, l’hymne national de la Roumanie, le pays de ses parents et celui où elle a vu le jour. Elle ne parvient pas à se qualifier pour l’Olympiade suivante à Athènes. Elle met alors un terme à sa brillante carrière couronnée de seize titres de championne de France, un de championne d’Europe, un de championne du monde et une médaille d’argent olympique. Les ors de la République Ayant mené de front études et sport de haut niveau, Roxana Maracineanu a obtenu une maîtrise en langues étrangères appliquées, avant d’être diplômée de l’École supérieure de commerce de Paris. Consultante à la radio et à la télévision, elle s’engage en politique et est élue conseillère régionale d’Île-de-France en 2010 sur la liste socialiste conduite par Jean-Paul Huchon. Le 4 septembre 2018, elle est nommée ministre des Sports dans le gouvernement d’Édouard Philippe, en remplacement de l’ancienne escrimeuse et double championne olympique Laura Flessel, puis maintenue à son poste par son successeur Jean Castex. Elle s’implique contre l’homophobie dans les stades et contre les violences sexistes et sexuelles dans le sport. Battue aux élections législatives de juin 2022 dans le Val-de-Marne, elle est nommée l’année suivante secrétaire générale de la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof). Enfin, par décret du 31 décembre 2023, annonçant la promotion 2024, Roxana Maracineanu est nommée au grade de chevalier de la Légion d’honneur.

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Ghani Yalouz, lutteur et dirigeant sportif

Le parcours de Ghani Yalouz dans le milieu sportif français est jalonné par deux étapes : celle d’une brillante carrière d’athlète en lutte gréco-romaine, puis celle d’un dirigeant accompli dans le sport français. L’ensemble de cette œuvre lui vaudra d’abord l’insigne de chevalier de l’ordre du Mérite en 1996, puis celui de chevalier de la Légion d’honneur en 2014. À Besançon, ville qui l’a fait « citoyen d’honneur », l’imposant Palais des sports rénové porte son nom. Il a été inauguré en sa présence dans le quartier de Montrapon en février 2017. Un signe de reconnaissance pour celui qui a commencé sa carrière en Franche-Comté. Fils d’un travailleur immigré marocain employé dans une menuiserie bisontine au sein de laquelle il produit des encadrements de fenêtres à la chaîne, Ghani Yalouz est né en 1967 à Casablanca et a passé les six premières années de sa vie dans le quartier juif d’El Hank, au bord de l’océan. Puis, en 1973, c’est le départ pour la France, synonyme de « regroupement familial » : avec sa mère et ses deux frères plus âgés que lui, il accomplit un long trajet en train et par la route à travers le Maroc, l’Espagne et la France pour rejoindre le père en Franche-Comté. Sur place, à Besançon, c’est l’expérience assez classique d’une famille immigrée tentant de s’adapter à la vie française. Dans la période intercensitaire 1968-1975, cette contrée industrieuse de l’Est de la France connaît une très forte augmentation de sa population étrangère qui passe de 44 000 à 74 000 personnes. Il s’agit, en valeur relative (+ 69 %), du plus fort accroissement de l’ensemble des régions françaises métropolitaines. Cette croissance est en particulier nourrie par des flux d’origine méditerranéenne en provenance du Portugal, de Yougoslavie, du Maroc, de Turquie, et dans une moindre mesure de Tunisie. L’effectif des sujets d’Hassan II recensés en Franche-Comté passe ainsi d’à peine un millier en 1968 à 7 600 en 1975, puis 13 750 en 1982. Bien que de nombreux Marocains aient rejoint l’usine Peugeot de Sochaux ou des espaces plus ruraux de la région, la capitale comtoise constitue un important foyer de cette immigration. À la fin de l’année 1980 y sont ainsi comptabilisés 1 212 ressortissants marocains, avec une répartition par sexe témoignant des effets du regroupement familial : 695 hommes, 321 femmes et 196 enfants. En raison de ce changement de nature de l’immigration, la Franche-Comté dépasse, au recensement de 1982, le seuil des 80 000 étrangers malgré la crise économique qui commence à sévèrement la frapper. Si le père est en souffrance, les fils s’accommodent bien de leur vie quotidienne, même si le racisme peut parfois se manifester. D’autant que la famille, vivant au cinquième étage d’un appartement en centre-ville, ne connaît ni la misère, ni les bidonvilles. De cette enfance plutôt heureuse et riche en expériences, Ghani Yalouz en a tiré un ouvrage autobiographique au titre évocateur : Bleu, Blanc, Or , publié en 2015 en collaboration avec le journaliste Romain Shué. Si sa première ambition – devenir footballeur – est contrariée, c’est vers la lutte gréco-romaine qu’il se tourne sous l’influence de son frère. Il s’inscrit au Club pugiliste bisontin (CPB), bien connu dans la région depuis sa création en 1933, et devient pour la première fois champion de France en 1986 à 21 ans. L’année suivante, il rejoint à Paris l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep) en 1988. Dans ce milieu d’excellence, le jeune talent s’épanouit progressivement jusqu’à atteindre le plus haut niveau. Au service du sport de haut niveau Ghani Yalouz représente la France aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992, obtenant une belle cinquième place dans sa catégorie des 68 kilos. Mais le sommet de sa carrière intervient lors des Jeux d’Atlanta en 1996. Après avoir éliminé d’entrée le Russe Aleksandr Tretyakov, puis le Japonais Yasuschi Miyake, il vient à bout du Biélorusse Kamandar Madzhidov (ex-médaillé d’or aux Jeux de Séoul en 1988) en demi-finale. Le voilà en finale devant un public de plus de 7 000 personnes, composé notamment d’étudiants des universités environnantes au sein desquelles la lutte suscite l’engouement. Mais, face au Polonais Ryszard Wolny, Ghani Yalouz voit la victoire lui échapper. Malgré des regrets, cette médaille d’argent représente une consécration pour lui et pour la lutte en France qui n’avait pas été à pareille fête depuis plusieurs décennies. Le podium bouleverse sa vie, comme il le raconte plus tard dans un entretien donné à L’Est Républicain . Aux Jeux olympiques de Sydney, pour sa troisième participation, il ne termine qu’en onzième position et met un terme à une exceptionnelle carrière de haut niveau avec deux titres de champion d’Europe de lutte gréco-romaine en 1992 et 1995 et deux médailles d’argent aux championnats du monde en 1989 et 1994. Sa reconversion, Ghani Yalouz ne la voit pas ailleurs que dans le sport. Après des études universitaires, il devient professeur de sport en 2000 et intègre quelques années plus tard le corps des Conseillers techniques et pédagogiques supérieurs (CTPS). En même temps, il s’investit au sein de la Fédération française de lutte jusqu’à devenir en 2007 directeur technique national (DTN), artisan des médailles d’or et de bronze des frères Christophe et Steeve Guénot lors des Jeux de Pékin en 2008. Puis, en 2009, Ghani Yalouz bascule vers la Fédération française d’athlétisme, toujours comme DTN, fonction dans laquelle il connaît de belles réussites qui se concrétisent, notamment, aux championnats d’Europe de Barcelone en 2010, de Zurich en 2014, ou lors des Jeux de Rio en 2016 avec six médailles obtenues, le plus gros total depuis 1948. Cette ascension impressionnante l’amène à devenir, entre 2017 et 2021, directeur général de l’Insep, le plus haut lieu de l’excellence sportive française, qu’il avait connu au début de sa carrière. Une boucle est alors bouclée… Sans renier ses origines marocaines, Ghani Yalouz a constamment montré sa fierté d’être Français et de représenter la France. C’est ce qu’il fait encore en 2024 : revenu à son sport de prédilection qu’il a quitté depuis une quinzaine d’années, il est nommé ambassadeur international de la Fédération française de lutte, chargé de représenter la France auprès des instances internationales.

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Angelo Parisi, un champion des tatamis venu d’Italie

C’est à Arpino, en Italie, dans la province du Latium, à mi-distance entre Rome et Naples, qu’est né Angelo Parisi le 3 janvier 1953. Il est âgé de 3 ans lorsque ses parents prennent le chemin de l’émigration, dans le prolongement d’un vaste mouvement engagé depuis le siècle précédent et qui a conduit plus de 18 millions d’Italiens à quitter la Péninsule entre les années 1870 et la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 1956, la famille Parisi compte parmi les 155 000 départs répertoriés. Un émigré italien champion en Angleterre Le choix de l’Angleterre n’est pas le plus répandu, loin de là. Ils ne sont en effet que 11 500, soit dix fois moins que ceux qui traversent les Alpes pour s’installer en France. Pourtant, en cette année, les Italiens sont cinq fois plus nombreux qu’au lendemain de la guerre à passer outre-Manche. Ils constituent un apport de main-d’œuvre nécessaire à la reconstruction d’un pays meurtri par les bombardements. Le père d’Angelo Parisi est d’ailleurs embauché à la fabrique de briques de Bedford, à une soixantaine de kilomètres au nord de Londres. Il rejoint ensuite son frère dans la capitale pour produire des glaces qui font, de longue date, la réputation des Italiens à travers le monde. Angelo Parisi en fait son premier métier. Son gabarit lui vaut toutefois, avant cela, de s’illustrer sur les terrains de sport. Il est champion d’Angleterre de rugby et de lancer du poids. À l’âge de 15 ans, il découvre le judo, un art martial inventé au Japon à la fin du XIX e siècle qui se diffuse largement en Europe depuis la fin de la guerre. Il ne lui faut que quelques mois pour obtenir la ceinture noire, grade symbolique d’une grande maîtrise technique. Il s’illustre en compétition et devient champion d’Angleterre en junior (1968, 1969 1971, 1973), espoir (1970) et senior (1973, 1974, 1975). Sous les couleurs anglaises, il est champion d’Europe espoir (1970, 1971), puis senior dans la catégorie des moins de 93 kilos en 1972, 1973 et 1974. À seulement 19 ans, il est sélectionné pour les Jeux olympiques de Munich en 1972, lors desquels le judo fait son retour dans le programme des épreuves après y avoir été intégré pour la première fois à Tokyo en 1964, puis retiré à Mexico en 1968. Non sans désarroi, tant il apparaît dominateur dans la catégorie des mi-lourds, il est inscrit en toutes catégories où il est le plus léger des combattants. Battu par le Français Jean-Claude Brondani en demi-finale, il n’en décroche pas moins la médaille de bronze. Un Rital en or À l’occasion d’un stage à Avignon, il noue avec une Française une idylle qui mène au mariage. Son épouse étant réticente à quitter l’Hexagone, il s’y installe, apprend la langue sans jamais se départir d’un accent anglais, allant jusqu’à faire le choix de la nationalité française. Les démarches ne posent pas de difficulté, d’autant que ceux qu’on qualifie de « Ritals », qui ont été la nationalité étrangère la plus représentée en France jusqu’à la fin des années 1960 et qui n’ont pas toujours été bien accueillis, font désormais figure de « bons immigrés » et que la vindicte xénophobe s’est tournée vers les Maghrébins. Sur le plan sportif, l’affaire est moins simple. Angelo Parisi ne peut, en effet, être sélectionné pour les Jeux olympiques de Montréal en 1976 car la fédération britannique, ulcérée sans doute de voir l’un de ses principaux champions lui échapper, refuse l’autorisation indispensable que prévoient les règlements internationaux. En 1977, il peut enfin renouer avec la compétition. Il est champion de France – cinq autres titres suivront – et champion d’Europe, un titre obtenu trois fois par la suite. C’est à Moscou, en 1980, qu’il retrouve les Jeux olympiques, sous les couleurs de son nouveau pays d’adoption. Sur le tatami du Palais des Sports du stade Lénine, il s’impose en finale de la catégorie des lourds face au Bulgare Dimitar Zapryanov à qui il rend 40 kilos. Il est le premier judoka français médaillé d’or. Au cours de ces Jeux, il décroche aussi la médaille d’argent dans toutes les catégories. Battu par l’Allemand Dietmar Lorez, il continue de susciter l’admiration, en raison d’un style très aérien, rare pour ces catégories de poids. Porte-drapeau français Ses performances, autant que son comportement très apprécié, valent à Angelo Parisi d’être choisi pour porter le drapeau à la tête de la délégation française lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Los Angeles en 1984. Il rappelle alors que, pour lui qui n’est arrivé en France qu’à l’âge de 23 ans, l’honneur est particulièrement grand. Au cours de la compétition, marquée par l’absence des athlètes du bloc soviétique pour cause de boycott, il est défait en finale des poids lourds par le colosse japonais de 160 kilos, Hitoshi Saito. La médaille d’argent est amère car la décision des juges est injuste pour nombre d’observateurs. L’année suivante, il met fin à sa carrière en compétition et endosse la tenue d’entraîneur national, encadrant notamment à ses débuts David Douillet, futur double champion olympique dans la catégorie des lourds. Mais c’est un autre de ses successeurs, Teddy Riner, qui le détrône de son rang de judoka le plus titré de l’histoire olympique avec cinq médailles dont trois en or obtenues aux Jeux de 2012, 2016 et 2021. Le palmarès d’Angelo Parisi n’en reste pas moins impressionnant. En 2004, il lui est décerné le titre de Gloire du sport par la Fédération des internationaux du sport français. Le temps de la retraite venu, il retourne vivre dans son pays d’origine qu’il a finalement peu connu. En s’installant à Esperia, dans la province Frosinone, à peine à 50 kilomètres d’Arpino où il a vu le jour, il concrétise l’aspiration au retour de nombreux migrants, dont il symbolise aussi la fluidité des parcours. Il revient régulièrement en France, où des hommages lui sont fréquemment rendus, à l’occasion desquels il n’a de cesse de proclamer son attachement à ce pays qu’il a servi sportivement et qui est sans nul doute le sien.

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Abdoulaye Sèye, entre France et Sénégal

Abdoulaye Sèye est né le 30 juillet 1934 à Saint-Louis, au Sénégal. Nous connaissons mal sa trajectoire durant les vingt premières années de sa vie. Il vient à l’athlétisme après une série de hasards. En 1954, le Sénégal étant toujours sous domination coloniale, il effectue son service militaire à Toulon. Sa passion est alors le football, le « sport-roi » dans son pays natal. Il est titulaire de l’équipe junior du Foyer France-Sénégal, l’une des meilleures équipes sénégalaises, qui atteint la demi-finale de la coupe d’Afrique-Occidentale deux ans plus tard, en 1956. Abdoulaye Sèye n’a jamais pratiqué l’athlétisme, si ce n’est du cross-country pour entretenir sa forme physique. Le capitaine de son régiment souhaite monter une équipe d’athlétisme pour concourir en championnat militaire. Ayant vu Abdoulaye Sèye à l’œuvre au football, il est impressionné par sa vitesse de déplacement. Avec l’officier en charge du sport, il forme une équipe d’athlétisme composée essentiellement de ressortissants des colonies et de quelques Français. L’équipe nouvellement formée part à Marseille, après seulement 15 jours d’entraînement, pour participer au neuvième championnat de la région militaire de Toulon. À la surprise générale, Abdoulaye Sèye abat le 100 mètres en 10’’9. Dès lors, repéré par la Fédération française d’athlétisme, il intègre le bataillon de Joinville en 1956. Une pluie exceptionnelle de records avant les Jeux Il bat le record de France du 100 mètres en 1959 avec un chrono de 10’’2 (record égalé en 1960), du 200 mètres en 1959 en 20’’8 (record battu en 1960 en 20’’7) et du 400 mètres en 46’’6 en 1960, puis en 45’’88 en 1960. Une telle pluie de records est exceptionnelle, puisqu’il est extrêmement rare, après la Seconde Guerre mondiale, que des athlètes puissent briller dans trois épreuves d’athlétisme. Durant cette période d’après-guerre, Abdoulaye Sèye est d’ailleurs le seul à courir sur ces trois distances simultanément. Son record de France du 100 mètres tiendra près de 50 ans, fait exceptionnel également. Des commentateurs notent aujourd’hui que les conditions de course en 1960 – piste cendrée, chaussures de sprint peu évoluées, entraînement empirique – valorisent d’autant plus cet exploit. Toutefois, Abdoulaye Sèye n’est pas célèbre pour ses records français, mais pour avoir remporté la médaille d’or du 100 mètres aux Jeux méditerranéens en 1959, et surtout la médaille de bronze aux Jeux olympiques de Rome en 1960. Si cette médaille de bronze le fait entrer dans le club fermé des médaillés olympiques, elle demeure pourtant une déception, car il espérait une médaille d’or. L’histoire de sa participation aux Jeux olympiques de 1960 fait toujours débat. En 1959, la fédération du Mali regroupant le Mali et le Sénégal vient d’être créée. Elle n’est pas encore indépendante de la tutelle française puisqu’intégrée au sein de la « Communauté », l’ultime tentative de la France pour conserver son empire colonial au sein d’une grande fédération dont elle projetait de garder la tête. Mais le mouvement des décolonisations est désormais irrésistible et les négociations s’engagent dès 1959 entre la Fédération du Mali et le gouvernement français en vue de l’indépendance. Ce qui sera chose faite dès janvier 1960. On peut penser, dès lors, qu’Abdoulaye Sèye représentera le Sénégal ou la nouvelle fédération aux Jeux de Rome. Mais ni le Sénégal ni la Fédération du Mali n’ont alors de Comité olympique. Le Comité international olympique (CIO) ne peut donc accepter la participation d’Abdoulaye Sèye. Le paradoxe est consommé : alors que le Sénégal est indépendant, Abdoulaye Sèye concourt au sein de la délégation française, rapportant une des rares médailles françaises lors de ces Jeux… Un organisateur de l’athlétisme sénégalais Après les Jeux olympiques de Rome, il se consacre, au Sénégal, à l’organisation du sport en général et de l’athlétisme en particulier. En 1961, à la demande du Premier ministre Mamadou Dia et du ministre des Sport Alioune Tall, il participe avec Amadou Barry à la création du Comité olympique sénégalais en 1961, dont ce dernier prend la présidence. Abdoulaye Sèye devient la même année, pour le Sénégal, le premier entraîneur national d’athlétisme d’Afrique subsaharienne francophone. Dans le cadre de ces fonctions, il réorganise l’athlétisme sénégalais, détecte les futurs champions et prépare les grandes compétitions. En 1965, aux premiers Jeux africains de Brazzaville, l’équipe sénégalaise, sous sa direction, remporte plusieurs médailles. Mais il critique vivement le gouvernement sénégalais, sous la présidence de Léopold Sédar Senghor, en raison, selon lui, du manque de moyens dévolus à l’athlétisme en général et des conditions très précaires qui ont caractérisé la préparation des athlètes pour les Jeux de Brazzaville en particulier. Dès lors, malgré des soutiens de poids tels celui de Mamadou Dia ou encore de Lamine Diack (futur président de la Fédération internationale d’Athlétisme), sa trajectoire s’infléchit. Il est nommé à un nouveau poste en Casamance, de moindre envergure, où il est chargé de restructurer l’athlétisme casamançais. Il obtient de bons résultats mais, dans le cadre d’un régime très centralisé, semi-autoritaire, son étoile a pali. Il n’occupera par la suite, jusqu’à sa retraite en 1990, que des postes moins prestigieux, au sein du ministère des Sports sénégalais. La trajectoire d’Abdoulaye Sèye se décompose ainsi en deux moments : un premier moment, relativement fugace (entre 1956 et 1960) d’excellence sportive et un second moment, de 1961 à 1990, durant lequel ses talents sportifs sont reconvertis dans l’organisation du sport au Sénégal. Si une certaine amertume prévaut à la fin de sa vie – considérant qu’il a été écarté pour des raisons d’insubordination –, il a cependant intégré la bureaucratie sportive de son pays, posant, en miroir, la question de la reconversion des sportifs professionnels des nations d’Afrique subsaharienne francophone. La plupart d’entre eux, faute de suivi et de véritable structure de soutien, se retrouvent souvent démunis après leur carrière sportive et ne parviennent pas à capitaliser leurs succès sportifs. Après une gloire fugace, survient alors l’apprentissage de la petitesse.