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Revue Mondes & Migrations Article de dossier/point sur

Joseph Ventaja, poings de bronze

Joseph Ventaja voit le jour à Casablanca (Maroc) le 4 février 1930. Il est l’aîné d’une fratrie qui comptera 11 enfants. Les Ventaja habitent boulevard de la Liberté, dans le quartier de la famille Cerdan. Très tôt, Joseph est autorisé à aller voir s’entraîner celui à qui il voue une « admiration béate » ( L’Équipe , 23 mai 1951). En 1938, le père de Cerdan, Antonio, finit par lui donner une paire de gants de son fils. Il en fait aussitôt usage dans un simulacre de combat contre… Cerdan, lequel se met à genoux pour lui donner la réplique et lui offre le plaisir de simuler un KO. Huit ans plus tard, il monte sur le ring pour son premier combat. Il le gagne. Dans la foulée, il s’empare du titre marocain des poids mouches (- de 51 kilos). Affilié à l’Association sportive de la Préfecture de police de Casablanca, celui qui veut devenir « sergent de ville » passe un cap en 1948 en devenant champion d’Afrique du Nord des poids coqs (51-54 kilos) et en atteignant les quarts de finale du championnat de France. Il se révèle vraiment en 1950. En poids plumes désormais (54-57 kilos), il prend le titre national, ce qui lui vaut d’être appelé à l’Institut national des sports, à Paris. Cette expatriation lui réussit puisqu’il devient champion d’Europe, à Milan, au printemps 1951. Sa réputation est faite. Une carrière en deux chapitres Avec sa fausse garde, sa vitesse, son jeu de jambes et son punch, c’est désormais un espoir international. En 1952, même s’il revient de blessure, l’entraîneur national, Fernand Vianey, le sélectionne parmi les 10 boxeurs invités à défendre les couleurs françaises aux Jeux olympiques d’Helsinki. La presse lui donne des « chances sérieuses » d’emporter l’or ( Miroir des Sports , 26 mai 1952). Sous la coupole arrondie du gymnase de Töölö où se déroule la compétition de boxe, il dispose du Soviétique Yury Sokolov, puis du Pakistanais Sydney Greave. Face à l’Américain Edson Brown, son ascendant est encore plus flagrant. Le voilà en demi-finale. En France, on espère son sacre avec d’autant plus de force que ses neuf coéquipiers ont été éliminés. Mais il trouve plus fort que lui avec l’Italien Sergio Caprari et rentre à Paris avec la médaille de bronze. Poursuivant sa carrière avec moins d’éclat, il n’est pas sélectionné pour les Jeux olympiques de Melbourne. Aussi devient-il professionnel. Le second chapitre de sa carrière s’ouvre au Palais des Sports de Paris, à l’été 1956, de façon probante puisqu’il dispose du Nordiste Lucien Domer par KO. Jusqu’en mai 1957, il enchaîne et gagne 11 combats, avec un impressionnant ratio de victoires par KO (7), le dernier, à Casablanca, contre Belarmino Fragoso, double champion du Portugal en poids légers et en poids plumes. Il devient ainsi un des challengers de Louis Poncy, champion de France des poids plumes.. Il le rencontre à la Salle Wagram en mai 1958 mais ne brille pas. Poncy, alias « P’tit Louis », lui inflige le deuxième KO de sa carrière. Six mois plus tard, au Palais des Sports, le Camerounais Epiphane Akono, ex-champion de France des poids légers, le knockoute à son tour. C’en est fini de la carrière d’un homme qui, revenu à l’anonymat, s’éteint à Bordeaux le 11 août 2003.

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Anselme Brusa, frère de rames

Le rameur Plinio Anselmo Brusa, connu en France sous le prénom d’Anselme Brusa, est né le 27 août 1899 dans une famille lombarde établie à Chiasso (canton du Tessin). Il y pratique la gymnastique avec succès avant de s’établir à Lyon, dans cette France du Centre-Est qui accueille de nombreux Italiens du Nord, souvent passés par la Suisse. Brusa y fonde une entreprise de transport et se met à l’aviron. Une affaire de famille, puisqu’il fait équipe en deux barré avec André Giriat, son beau-frère français, né le 20 août 1905. Presque six ans séparent les deux hommes, un écart d’âge accusé sur les photographies par la calvitie de l’Italien. Le couple de rameurs accompagné du barreur Pierre Brunet porte haut les couleurs bleu-bleu du Cercle de l’aviron de Lyon. Au niveau national, d’abord, puisque « l’Italien Brusa et le Lyonnais Giriat », comme les présente Le Miroir des Sports le 9 août 1927, remportent un premier titre de champions de France en 1927. L’élément moteur est l’Italien : « Brusat [sic] est un rameur de grande classe qui a une idée précise de la technique et un sens exact de la course. Giriat, skiffeur modeste, s’est assimilé le style et l’allure de Brusat [sic]. » Le duo est aussi combatif avec ses 36 coups de rame par minute sur 2 000 mètres. Une solidarité familiale et sportive L’alliance est renforcée par les drames de la vie. Après une deuxième place au championnat de France 1929, Brusa perd sa femme Marcelle, née Dagneaud, et décide de se retirer de la compétition. Son beau-frère le convainc de reprendre l’entraînement pour faire son deuil. Le retour est gagnant. Aux championnats d’Europe organisés au mois d’août 1931 à Suresnes, Brusa et Giriat surclassent les embarcations italienne, suisse et belge. « Remarquablement préparés », relève Le Miroir des Sports , « les champions de France de 1927 et 1931 vainquirent les étrangers ». Au style court et rapide des Italiens, ils opposent une manière française faite de coups de rame plus longs et bien appuyés. L’année 1932 est celle des Jeux olympiques de Los Angeles pour lesquels Brusa, Giriat et leur barreur se qualifient sans problème. Plus question d’un duo italo-français car Brusa se fait naturaliser afin de pouvoir concourir. Ils y remportent une médaille de bronze, qui représenterait une apothéose sportive si la presse française ne faisait la fine bouche. Le faible nombre de participants en deux barré n’a pas nécessité l’organisation d’éliminatoires. La troisième place du podium est presque assurée, mais le duo est surclassé par les États-Unis et la Pologne. Il termine même à cinq longueurs du bateau américain. Pourtant, les deux beaux-frères se sont entraînés avec sérieux, mais la « guigne » a frappé Giriat qui a mal supporté la chaleur californienne et s’est fait un tour de rein ! Ils songeront ensuite à tenter la qualification pour les Jeux de Berlin avant de déclarer forfait. C’est la fin de la carrière de champion de Brusa qui s’est intégré dans la vie lyonnaise par le travail, le sport et un deuxième mariage avec Antoinette Peronnet. Il y termine sa vie le 24 juillet 1969 à l’âge de 69 ans.

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Marco Torrès, de Sidi Bel Abbès aux JO d’Anvers

Le gymnaste Marco Torrès (1888-1963), né en Algérie française, s’est illustré sur différents agrès aux championnats du monde avant la Première Guerre mondiale, et aux Jeux olympiques en 1920. Marco Torrès est né le 22 janvier 1888 à Sidi Bel Abbès, en Algérie, dans cette Oranie coloniale très fortement marquée par l’immigration ibérique, dont il est lui-même issu. En 1911, les Espagnols représentent toujours la majorité absolue de la population dans l’arrondissement de Sidi Bel Abbès. Si Torrès choisit la gymnastique plutôt que le football, par exemple, c’est que, « parmi les Espagnols d’Oran et d’autres localités voisines, le sport roi était la gymnastique ». Il fait ses premières armes à La Bel-Abbésienne, une société de tir, d’escrime et de gymnastique. Devenu par la suite moniteur de gymnastique au 2 e régiment de Zouaves stationné à Oran, il est également licencié à L’Oranaise, société d’éducation physique et de préparation militaire. Dès l’avant-guerre, il se distingue dans les compétitions en Afrique du Nord, comme lors du concours fédéral de Tunis en avril 1912, où il s’adjuge le titre de champion de France et celui d’Algérie. Des championnats du monde aux Jeux Mais c’est en France et en Europe qu’il connaît ses plus grands succès. À Turin, en 1909, lors des championnats du monde de gymnastique, il remporte trois médailles d’or (concours général individuel, concours par équipes et anneaux) et une d’argent (barres parallèles). Deux ans plus tard, à Luxembourg, si la moisson est moins bonne avec deux médailles d’argent (concours par équipe et barre fixes), elle lui permet néanmoins d’être sélectionné pour les Jeux olympiques de Stockholm en 1912 où il ne s’illustre guère. L’année suivante, il remporte toutefois trois médailles d’or (concours général individuel, aux anneaux et à la barre fixe) et deux d’argent (cheval d’arçons et au concours par équipes) aux championnats du monde à Paris. Au sortir de la Grande Guerre, en 1920, Marco Torrès se voit une nouvelle fois sélectionné pour les Jeux olympiques d’Anvers. Cette fois-ci, sa participation est plus qu’honorable puisqu’il décroche une médaille d’argent au concours général individuel et une de bronze au concours par équipe, derrière la Belgique et l’intouchable Italie. Deux ans plus tard, à Ljubljana, en Yougoslavie, lors des championnats du monde, il obtient une médaille de bronze au concours par équipe. Il s’éteint le 15 janvier 1963 à Marseille. Le parcours de Marco Torrès est assez significatif de celui de ces Espagnols d’Oranie, longtemps en butte au racisme des Français, mais qui trouvent dans et par les pratiques sportives – et les lois de naturalisation – un moyen de se fondre dans l’élément dominant sans se dissoudre. Dès lors, les Espagnols ont cherché, dans l’espace public, à se joindre à l’élément français plutôt qu’à s’en différencier.

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Émile Ali-Khan : le Prince et la distance reine

Émile Ali-Khan naît à Battle (Angleterre) le 6 juin 1902. Il est le petit-fils d’un prince indien. Il le revendiquera d’ailleurs fièrement, dans les années 1920, distribuant une carte de visite où il revendique d’être un « prince » de l’État du Rampur. De fait, les lignées dirigeant cet État, absorbé en 1949 par l’Uttar Pradesh, renvoient à la famille princière Ali Kahn Bahadur. On n’en sait cependant pas plus sur l’ascendance du futur sprinteur. Durant son adolescence, il suit ses études au lycée Massena de Nice. Il en rejoint le club sportif tout en étant membre de l’US de Villefranche-sur-Mer, puis de l’AS Cannes. C’est sous le maillot rouge et blanc de l’ASC qu’il sort de l’anonymat, au printemps 1919. L’Auto , le grand quotidien sportif de l’époque, le fait découvrir à ses lecteurs après ses victoires dans deux 60 mètres, à Nice, et un 100 mètres, à Lyon. En 1920, après plusieurs succès lors de la Coupe Bessonneau, il marque les esprits lors des championnats de France. « Mince éphèbe découpé en pur-sang » ( La Petite Gironde , 21 juillet 1920), il remporte le 100 mètres en 11 secondes devant le public du Stade Pershing, à Paris. Certains spécialistes le pensent capable de courir en 10’’4, deux dixièmes de mieux que le record du monde détenu par l’Américain Don Lippincott depuis les Jeux de Stockholm (1912). Peu après, il égale le record du monde du 60 mètres, à Bordeaux. De quoi conforter ses supporters dans leur opinion. Il est donc appelé dans la délégation française pour les Jeux d’Anvers. Un précurseur du sprint français Aligné sur 100 mètres au Kielstadion, il court et gagne sa demi-finale en 10’’8, sa meilleure performance, mais fait pâle figure en finale sous le dossard 146. En 11 secondes, il termine avant-dernier d’une course dominée par l’Américain Charley Paddock. En rééditant son temps de la veille, il aurait pu prétendre à l’or. Une semaine plus tard, il dissipe une partie de ses regrets avec le 4 fois 100 mètres. Associé à René Lorrain, René Tirard et René Mourlon, il remporte la médaille d’argent, derrière les Américains. Il ramène donc d’Anvers une des 4 médailles françaises en athlétisme (la France en gagne 41 au total). Les rares notices biographiques d’Émile Ali-Khan assurent, à tort, qu’il arrête alors sa carrière. En effet, en 1921, il rejoint Paris et le Stade Français. De beaux espoirs sont mis en lui, mais il se blesse. Éloigné durant deux ans des stades, il n’y revient qu’en pointillé et sans briller, avant de mettre fin à sa carrière en 1928. Celui qui n’a jamais été présenté par la presse sous le jour de ses origines métissées devient, ensuite, un prospère industriel. Dans les années 1930, la presse le repère parfois parmi les mondains parisiens venant assister à des compétitions, de boxe notamment. Il faudra vingt ans avant qu’un autre Français, René Valmy, soit en position d’accéder à une finale olympique du 100 mètres. Mais le Tarbais se heurtera au verdict de l’histoire : les Jeux de 1940, à Tokyo, sont annulés. Ali-Khan reste donc le seul Français finaliste jusqu’à ce que, en 1968, le Guadeloupéen Roger Bambuck lui succède en terminant à la même place que lui – 5 e – mais en courant près d’une seconde plus vite.

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Michel Théato, un marathon épique

Les Américains dominent sans partage les jeux olympiques de Paris lorsque débute l'épreuve du marathon, le 19 juillet 1900. Michel Théato, qui participe à la course, s’est construit pour sa part une réputation dans les milieux athlétiques à la fin du XIX e siècle en accédant aux podiums de plusieurs cross-country et de courses sur route. Le sociétaire du Club amical sportif de Saint-Mandé n’est pourtant pas parmi les favoris. Né en 1878 dans le Grand-Duché du Luxembourg, Michel Théato arrive en France en 1890, année où prennent fin les liens entre le Luxembourg et la couronne des Pays-Bas. Tiraillé entre la Prusse et la France, le Grand-Duché n’en est pas moins souverain à la fin du XIX e siècle. La famille de Michel Théato s’inscrit dans la trajectoire de ce pays agricole qui voit un tiers de sa population émigrer aux États-Unis et surtout en France. Au cours des années 1890, plus de 10 % de la population luxembourgeoise vit à Paris. Comme une partie de ses compatriotes qui rejoignent la capitale, Michel Théato est un ouvrier ébéniste. Pour les observateurs, il ne fait aucun doute qu’il est « un parigot pur-sang ; en tout cas, il est le seul parmi nos athlètes qui ait relevé la vieille réputation de la force et de l’endurance française » ( Le Radical , 21 juillet 1900). La description épique de sa course aux Jeux olympiques, marquée par des défaillances, le désir d’abandon et la capacité de se ressaisir, donne à cette victoire un goût d’épopée. Accusé d’avoir pris des raccourcis par les Américains, la presse française prend sa défense et souligne la présence continuelle de témoins tout au long du parcours. Le doublé français (Émile Champion termine second) sur une épreuve symbolique des Jeux fait la fierté du pays. L’usage politique d’une victoire sportive À la veille de la Première Guerre mondiale, sa victoire olympique est utilisée pour souligner la grandeur de France et tout l’intérêt à tirer de l’immigration : « À vrai dire, Parisien d’adoption, Michel Théato était né Luxembourgeois. Aussi suis-je doublement heureux que l’actualité […] me permette de le faire figurer en tête de cette galerie de l’énergie française. Car enfin ! sans tomber dans le ridicule du pangermanisme englobant dans la terre allemande Dunkerque – pardon Dijinkirchen ! – ne pouvons-nous revendiquer à l’honneur de notre race ce que font ces frères de langue de par-delà des frontières, qui considèrent la “grande France” comme leur patrie morale ! » Premier champion olympique de l’histoire en athlétisme sous les couleurs tricolores, le Luxembourgeois Michel Théato ouvre un palmarès qui va voir se succéder des hommes et des femmes aux trajectoires similaires.

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Étranges étrangers : Constantin Henriquez à Paris (1900) et Albert Corey à Saint-Louis (1904)

Aux Jeux de Paris en 1900, Constantin Henriquez, immigré-étudiant haïtien en France, porte les couleurs nationales françaises. Quatre ans plus tard, à Saint-Louis, Albert Corey, immigré français aux États-Unis, concourt pour son pays d’accueil. Tous les deux ont gagné des médailles. 120 ans plus tard, la question se pose encore : pour qui ont-ils gagné ? [...]

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Des migrants en or

Dans le cadre de l’exposition au Palais de la Porte Dorée Olympisme. Une histoire du monde , inscrite au programme de l’Olympiade culturelle qui accompagne les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, Hommes & Migrations nous a proposé de porter attention dans ce dossier scientifique aux médaillés olympiques français nés à l’étranger. Il s’agit d’apporter une contribution à un ensemble déjà fourni de recherches et de travaux sur les liens entre les pratiques sportives et la question des migrations. Au-delà des migrations sportives, d’individus se déplaçant pour exercer une activité souvent professionnelle et impliquant parfois un changement de nationalité, les recherches se sont principalement centrées sur les effets intégrateurs du sport pour les populations issues de l’immigration. La revue Hommes & Migrations y a d’ailleurs apporté une contribution à travers trois publications. [...]