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Des marathoniens en or - « La France, je l’ai gagnée et portée sur mon dos, sur les champs de bataille et dans les stades » (Alain Mimoun)

Alain Mimoun voit le jour en 1921 dans le modeste village du Telagh, en Oranie (Algérie), au sein d’une famille d’agriculteurs vivant dans des conditions très difficiles. Grâce à l’obstination de sa mère, il parvient à obtenir le certificat d’études avec mention « Bien », mais non à décrocher une bourse, ce qui réduit ses espoirs à néant. « Mais quand nous avons demandé une bourse à l’académie pour que je puisse continuer mes études, c’est la seule qui a été refusée. Et ce en dépit de la qualité de mon travail scolaire, alors que des fils de colons moins bien notés, eux, furent boursiers… » Révulsé par l’injustice du système colonial, il décide alors de s’embarquer pour « la vraie France », ce qu’il fait, en janvier 1939, en s’engageant au sein du 6e régiment de tirailleurs algériens. Démobilisé en 1946, Mimoun aura participé à la Campagne de France, aux combats de Tunisie, d’Italie – où il faillit perdre une jambe – et de Provence. Entre-temps, il a commencé une carrière sportive qui le conduira au sommet. Champion d’Afrique du Nord de cross en 1942, il poursuit sa carrière en France où il s’installe définitivement en 1946. Il exerce alors la profession de garçon de café. Très vite repéré par les principaux clubs de la capitale, il devient, l’année suivante, champion de France du 5 000 mètres et du 10 000 mètres sous les couleurs du Racing Club de France. Débute alors une série presque ininterrompue de succès, tant au niveau national qu’international. Il conserve son titre sur 5 000 mètres en 1949 et de 1951 à 1956 et, sur 10 000 mètres de 1949 à 1959. Il remporte également, entre autres, quatre médailles d’or aux Jeux méditerranéens, deux à Alexandrie (1951) et deux à Barcelone (1955). De la rivalité avec Zátopek à la victoire olympique Seule la présence du prodige tchécoslovaque Emil Zátopek (1922-2000) l’empêche de décrocher l’or olympique à Londres, en 1948, à Helsinki, en 1952, et le titre européen à Bruxelles, deux ans auparavant. À chaque fois, Mimoun doit se contenter de la médaille d’argent. La mise en scène de la rivalité amicale entre les deux coureurs fera d’ailleurs souvent la Une des journaux sportifs de l’époque. Il manque néanmoins toujours à son palmarès la couronne olympique. Mimoun se présente aux Jeux olympiques de Melbourne en 1956. À l’âge de 35 ans, il sait pertinemment qu’il s’agit de sa dernière chance de remporter la prestigieuse course ; une fois encore, Zátopek se trouve sur son chemin. La délégation française elle-même ne semble pas nourrir beaucoup d’espoir à son encontre : « Ce vieux Mimoun, il devient dingue, le pauvre… » L’épreuve se déroule le 1 er décembre, le départ est donné à 15h13, sous une chaleur accablante (36 degrés). Mimoun souffre à l’approche des 12 km de l’arrivée : « J ’ai pris un terrible coup de matraque, j’avais l’impression d’avoir une maison sur la tête. Je faisais des foulées de vingt centimètres. Se battre contre soi-même est terrible […]. J’ai pensé à ma mère, à ma femme qui venait d’accoucher et surtout au drapeau tricolore que je voulais brandir victorieusement […]. Ma personne intérieure me disait de continuer. À 5 km de l’arrivée, je n’avais plus soif, je n’ai plus bu une goutte d’eau. Et puis j’ai vu le Stade Olympique… » À son entrée, il y reçoit l’ovation de 120 000 spectateurs et bientôt les félicitations de son vieil adversaire et ami Emil Zátopek. Alain Mimoun est champion olympique du marathon en 2 heures et 25 minutes. C’est la troisième fois seulement, dans l’histoire des Jeux, après Michel Théato en 1900 et Boughéra El Ouafi en 1928, qu’un Français ceint la couronne du vainqueur. L’Écho d’Oran dresse alors de lui le portrait d’un homme humble, dont le secret de l’ascension lui permettant de « s’élever au-dessus de [sa] condition » réside dans « une vie exemplaire, faite de travail, de conscience, de souffrances physiques et morales allant souvent jusqu’à l’abnégation », rappelant au passage son passé d’ancien combattant, tout récemment décoré en avril 1956 de la Légion d’honneur. Mimoun met un terme définitif à sa carrière en 1973. Devenu Conseiller sportif national à l’Institut national des sports (1957-1986), il est à l’origine, en 1960, de la création du Centre d’entraînement sportif national de Bugeat, en Corrèze, capable d’accueillir des sportifs pour leur préparation physique. Politiquement situé à droite, il sera, un temps, membre du Bureau national du Rassemblement pour la République (RPR). Alain Mimoun s’éteint le 27 juin 2013. Une cérémonie nationale d’hommage aux Invalides a lieu le 8 juillet, au cours de laquelle le président de la République prononce son éloge. Le choix de la France Mimoun choisit très tôt la France comme sa patrie, au point de changer de patronyme – Ali Mimoun Ould Kacha à l’état civil –, de se convertir au christianisme (1956) et d’épouser totalement la culture française : « Je savais depuis longtemps que mon pays était de l’autre côté de la mer. Mes ancêtres, c’étaient les Gaulois. La France était déjà dans ma peau et dans mes veines. » Pour lui, « la France […] c’était un choix, une passion, une fierté, un idéal ». Il n’en connaît pas moins la brûlure du racisme au cours de sa carrière : « Je me souviens encore de ce kiné de l’équipe de France qui, lors des jeux de Londres, avait refusé de me masser … » Ce qui, loin de l’éloigner de l’idéal républicain, ne fait au contraire qu’accentuer son sentiment d’appartenance. Son titre olympique, obtenu en pleine Guerre d’Algérie, conduit Le Monde à le présenter comme la « gloire de notre Afrique du Nord loyale ». Le conflit ne l’en laisse pas moins déchiré et écartelé, lui qui, selon ses dires, reste un « Algérien de cœur » dont la France est la « mère patrie ».

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Des marathoniens en or - Boughera El Ouafi, sorti de l’oubli

Né en 1898 à Ouled Djellal près de Biskra, dans le Sud de l’Algérie alors française, Boughera El Ouafi traverse la Méditerranée pour faire son service militaire et prendre part à la Première Guerre mondiale. Il intègre le 25 e régiment des tirailleurs dans les derniers mois du conflit, avant de choisir de s’engager dans l’armée, participant à l’occupation de la Ruhr à l’issue de l’armistice de 1918. Repéré pour ses talents de coureur de fond avec son profil mince et de petite taille, ses supérieurs lui offrent la possibilité de représenter son régiment lors d’une compétition militaire en 1923. Cette première course est plus que concluante : El Ouafi s’illustre et impressionne les observateurs. Très vite, licencié à Paris au Club athlétique de la Société générale (CASG), il enchaîne les épreuves et devient, en 1924, champion de France du marathon couru entre Colombes et Pontoise. Dans cette dynamique, il obtient une honorable 7 e place aux Jeux de Paris en un peu plus de 2 heures et 54 minutes de course. Comme c’est la règle à l’époque, El Ouafi est amateur. Son salaire, il le gagne sur les chaînes de montage des usines Renault de Billancourt, aux côtés d’autres travailleurs notamment immigrés ou indigènes d’Afrique du Nord comme lui. Cet emploi qui demande une grosse débauche d’énergie ne l’empêche pas de courir et de se maintenir au plus haut niveau : désormais inscrit au Club olympique Billancourt (COB), il participe à de nombreuses courses entre 1924 et 1928, devenant une figure reconnue des épreuves de fond et surtout du marathon. Une victoire aux prises avec les réalités coloniales El Ouafi est fin prêt en 1928. Il a 30 ans et se sent en pleine possession de ses moyens. Son excellente préparation sérieuse et minutieuse, sa progression et ses résultats en font l’un des favoris du marathon des Jeux olympiques d’Amsterdam. Nous voici le 5 août : sur la ligne de départ de l’épreuve de 42,195 kilomètres, El Ouafi porte le dossard 71 frappé du coq tricolore. Commencée timidement, sa course est une longue remontée vers la victoire. À 5 kilomètres de l’arrivée, il double le Japonais Kanematsu Yamada et l’Américain Joie Ray. Il parvient à remporter l’épreuve en 2 heures et 32 minutes, devant le Chilien Manuel Plaza et le Finlandais Martti Marttelin. En France, les passionnés d’athlétisme mettent en exergue cet exploit « français », l’un des rares de cette olympiade (seulement 6 médailles d’or au total pour la France et la seule en athlétisme). Pour certains tenants du « génie civilisateur » de la France aux colonies – qui se retrouveront trois ans plus tard pour célébrer l’Exposition coloniale de Paris (1931) –, la victoire d’El Ouafi est un symbole de la bonne santé du système colonial. Dans son édition du 7 août, L’Écho d’Alger , organe des Français d’Algérie, se montre aussi admiratif devant cet « indigène algérien devenu ouvrier français », prétendant qu’il n’y a pas de différence entre Européens et indigènes : « Nous nous en réjouissons d’autant plus, nous autres Algériens, que cette victoire du muscle est la preuve de l’effort constant, de la loyale émulation aussi, qui se manifestent dans nos sociétés sportives entre Français et indigènes, étroitement unis. » La victoire suscite toutefois quelques critiques sur le statut des indigènes dans L’Humanité du 6 août qui pointe la dimension coloniale avec une certaine ironie, au diapason de l’anticolonialisme virulent du Parti communiste dans les années 1920 : « Enfin une victoire française ! C’est – ô ironie – celle de l’Arabe El Ouafi dans le marathon. » Le prix d’une ascension fulgurante Fort de cette notoriété soudaine, Boughera El Ouafi est immédiatement l’objet de sollicitations d’imprésarios américains présents à Amsterdam. Il accepte de changer de statut en devenant professionnel, signant un contrat pour partir aux États-Unis participer à des épreuves de courses à pied. Passer d’amateur à professionnel est vu à l’époque comme une manière de trahir les idéaux. Dès lors, la gloire d’El Ouafi est rapidement assombrie par des commentaires réprobateurs. Ainsi, aux discussions sur l’identité de l’athlète s’ajoute un débat sur l’éthique du sport qui n’est pas sans lien avec la trajectoire sociale de celui qui, grâce à ses qualités hors normes de coureur de fond, est passé d’indigène-militaire-ouvrier à millionnaire. Il s’engage à courir 10 marathons et 10 courses de 25 kilomètres pendant une période de cinq mois entre septembre 1928 et janvier 1929. Du Sud algérien, puis Billancourt, à New York, l’ascension est fulgurante. Mais le vent tourne vite : en novembre 1928, El Ouafi, sans doute fatigué voire épuisé, commence à connaître des défaites, notamment contre l’un de ses concurrents du marathon d’Amsterdam, Joie Ray, originaire de l’Illinois, lui aussi devenu professionnel après les Jeux olympiques. Très vite, il ne fait plus recette et revient en France début février 1929. Banni par les amateurs, délaissé des professionnels, il ne peut plus courir en compétition. Alors, c’est désormais dans la chronique sociale que l’on retrouve l’athlète : bagarre dans un bar du Quartier latin, passage devant un tribunal correctionnel pour dette non acquittée, chômage et dénuement. N’ayant pas su faire fructifier ses gains acquis aux États-Unis, roulé par un conseiller financier peu scrupuleux qui l’a dépouillé, El Ouafi est ruiné. La notoriété du « petit indigène » qui a porté haut les couleurs de la France n’a pas dépassé le temps de l’olympiade de 1928. Oublié depuis longtemps, presque clochard, Boughera El Ouafi est tué par balle en pleine guerre d’Algérie lors d’une altercation entre Algériens aux circonstances encore incertaines le 18 octobre 1959, dans un café de Saint-Denis. Enterré au cimetière musulman de Bobigny, Boughera El Ouafi est peu à peu sorti de l’oubli depuis la fin des années 1990 grâce à l’action de sa famille, l’intérêt de la mairie de Saint-Denis, mais aussi celui des historiens et écrivains du sport qui y voient une figure emblématique pour notre société actuelle dans la relation entre sport et questions coloniales.

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Trésor Makunda et Riadh Tarsim, médaillés aux Jeux paralympiques de Tokyo

Trésor Makunda est loin d’être un nouveau venu à Tokyo en 2021. Né en 1983 à Kinshasa, la capitale du Zaïre (devenu depuis République démocratique du Congo), il est touché par une grave rétinopathie depuis le plus jeune âge. Ses parents décident de venir le faire soigner à Paris sans résultat significatif. Plongé dans une double tragédie, celle de la cécité et de la mort de sa mère alors qu’il n’a que 12 ans, c’est dans le sport que Trésor Makunda trouve son salut. Révélant d’excellentes qualités de sprinteur, encouragé par ses entraîneurs, il se perfectionne sur le 100 et 200 mètres en athlétisme dans le milieu handisport (catégorie T 11 « déficients visuels »). En 2002, il est sélectionné en équipe de France pour les championnats du monde d’athlétisme handisport qui se déroulent à Lille, mais il n’obtient pas sa naturalisation à temps et ne peut participer à la compétition. Désormais français, il brille aux Jeux paralympiques d’Athènes en 2004 avec une médaille d’argent en 100 mètres, récidivant aux Jeux de Pékin avec deux médailles de bronze toujours en 100 mètres et relais 4 X 100 mètres. Nouveau podium à Londres en 2012 (médaille de bronze 100 mètres) et en 2021 (médaille de bronze en 400 mètres) : la régularité et la longévité de l’athlète impressionnent. Son palmarès fait la fierté du club et de la commune auxquels Trésor Makunda est fidèle depuis plusieurs années, l’Avia club d’athlétisme d’Issy-les-Moulineaux, pilote en matière de handisport. Plus âgé mais révélé sur le tard, Riadh Tarsim est né à Zarzis en Tunisie en 1973, avant de grandir en France au sein de sa famille immigrée. Chef d’une entreprise de location d’engins de levage à Valenton, Riadh Tarsim pratique activement la boxe et le judo avant un grave accident de ski dans lequel il perd l’usage de ses jambes. Après s’être longtemps tourné vers le handibasket à Corbeil-Essonnes, il se lance en 2010 dans le handbike, discipline qui présente l’athlète couché sur sa machine à trois roues moulinant des bras pour propulser son bolide. À l’âge de 48 ans, il remporte une médaille d’argent aux Jeux de Tokyo en paracyclisme dans le relais mixte en handbike, dans la catégorie H1-5 (paraplégique sans mobilité volontaire du tronc). Réunis dans une même fierté française à travers des performances remarquables aux Jeux de Tokyo en 2021, Trésor Makunda et Riadh Tarsim sont des symboles de la France des diversités qui affiche des ambitions sportives au plus haut niveau à travers des parcours de vie singuliers.

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Luka Mkheidze, parcours d’un lutteur

Athènes, été 2004. Le judoka Zurab Zviadauri décroche la première médaille olympique pour la Géorgie post-soviétique. Titré dans la catégorie des moins de 90 kilos, il devient un héros national dans un pays où le judo est particulièrement apprécié par la population. Alors âgé de 8 ans, Luka Mkheidze, jeune judoka de Tbilissi, sa ville natale, rêve d’imiter le héros. Migrer pour fuir la crise économique Luka Mkheidze grandit dans un contexte marqué par des tensions dans le Caucase autour de l’Ossétie du Sud convoitée par la Russie pour ses ressources et sa position stratégique clé le long d’importants pipelines. Après un premier conflit armé en 1991, de nouveaux combats éclatent en août 2008 en Ossétie du Sud. La Géorgie est mise en déroute en quelques jours par la Russie. Le pays plonge dans une crise économique renforcée par la crise financière mondiale qui pousse des milliers de Géorgiens à prendre la route de l’exil. En 2009, Luka Mkheidze quitte le pays avec ses parents pour atteindre la Pologne en passant par la Biélorussie. Une fois à Varsovie, la famille est redirigée au nord-est du pays dans un camp de réfugiés à Białystok. Dans cette ville, Luka Mkheidze retrouve le chemin de l’école et intègre même un club de judo. Huit mois plus tard, après s’être vue refuser le droit d’asile, la famille prend de nouveau la route en direction de la France où se trouve une importante diaspora géorgienne. Une intégration réussie ? Luka Mkheidze et sa famille atteignent la France en mars 2010 avec l’aide d’un passeur et s’installent à l’hôtel dans l’Essonne, puis en foyer au Havre. Le jeune homme s’illustre comme judoka et intègre une filière sports-études à Rouen avant de rejoindre l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep). Ce parcours de sportif de haut niveau lui permet d’obtenir la naturalisation en 2015, malgré deux demandes d’asile refusées auparavant. Il se sent dès lors accepté dans le pays et rêve de « porter haut les couleurs de la France » aux Jeux olympiques. Sélectionné pour les Jeux olympiques de Tokyo en 2021, le Franco-Géorgien ouvre le compteur de médailles pour la France en décrochant le bronze dans la catégorie des moins de 60 kilos. Cet exploit suscite l’intérêt des médias qui mettent en lumière le parcours de Luka Mkheidze et louent son intégration. Une intégration que renforce la reconnaissance de l’État à travers sa promotion au grade de chevalier de l’Ordre national du mérite, au même titre que l’ensemble des médaillés olympiques. Ce parcours atypique n’a cependant pas valeur de modèle pour la population géorgienne immigrée qui souffre encore, en France, d’images négatives, fréquemment associées à la criminalité. Ces stéréotypes racistes font aussi partie du parcours de Luka Mkheidze et ont contribué à sa réussite sportive. Il confie au micro de France Télévisions après avoir décroché sa médaille de bronze : « Ce qui m’a donné envie de me battre, de ne pas lâcher, c’est mon parcours, la famille que j’ai dû laisser en Géorgie. C’est aussi pour eux que je me bats. »

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Souleymane Cissokho, heureux entre deux rives

Lundi 15 août 2016, Jeux olympiques de Rio de Janeiro, les juges déclarent Souleymane Cissokho perdant d’une des demi-finales de boxe chez les moins de 69 kilos, face à Daniyar Yeleussinov. Juste après le verdict, le boxeur français pousse un soupir, comme pour évacuer sa frustration devant ce coup du sort. Dans un choc involontaire, les têtes des combattants se sont télescopées à la deuxième reprise du combat qui en compte trois. Sur injonction du corps médical, la blessure sanglante du Kazakh met un terme à l’affrontement. Menant aux points à l’arrêt des hostilités, la victoire lui revient. Souleymane Cissokho repart du Brésil avec « seulement » une médaille de bronze autour du cou. Son insatisfaction légitime ne l’empêche pas de retrouver rapidement la force tranquille qui le caractérise. Beau joueur, il confie après le combat au quotidien Le Monde : « Les docteurs sont des professionnels. Je respecte leurs avis car l’intégrité des boxeurs est la plus importante. » La France découvre l’élégance et l’exquise courtoisie de ce boxeur qui semble sortir des sentiers battus. Élégance et détermination 32 ans auparavant, personne de la famille Cissokho, réunie autour de son berceau à Dakar, n’aurait imaginé son destin. À la faveur d’un regroupement familial, Souleymane se retrouve à 4 ans dans le Val-d’Oise, puis dans le 19 e arrondissement de Paris où il découvrira la boxe à 14 ans. Être le fils d’un employé de la succursale parisienne de Banque de l’Habitat du Sénégal et d’une mère aide-soignante lui offre un cocon stable et des boussoles comme l’autodiscipline, la volonté, l’éducation et le respect. Des principes de vie qui expliquent son parcours marqué par une féroce détermination. La boxe à haut niveau ne l’empêche pas de réussir le fameux double projet du sportif de haut niveau. Titulaire d’un master 2 en droit du sport, il vit aujourd’hui avec l’obsession d’offrir à la France un titre de champion du monde de boxe professionnelle. Cette quête se double, chez lui, d’une autre plus intime. Le besoin de comprendre d’où il vient, de mieux saisir l’histoire de sa famille, le pousse à faire de nombreux voyages vers le pays de la teranga (« l’hospitalité » en wolof) avec lequel le fil ne s’est jamais rompu. Né Sénégalais, naturalisé à l’adolescence, Souleymane Cissokho a su faire cohabiter ses deux cultures. L’ampleur du désir de vivre sa citoyenneté sans se dépouiller de l’une ou de l’autre traduit une grande ouverture d’esprit, un équilibre bénéfique et d’incomparables forces et richesses. Pour atteindre le niveau d’excellence de Souleymane Cissokho et être ceint de l’aura des grands champions, il faut être doté d’un talent physique et technique hors du commun. Mais grâce à ses grandes qualités de simplicité et son humilité, peu importe nos origines, nous parvenons aisément à nous identifier à cet homme à la profonde affection pour son pays d’origine tout en ayant le cœur bleu-blanc-rouge.

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Hakim Arezki et Yann Wouandji Kepmegni

Les diversifications du football observées depuis la fin des années 1990 dans les compétitions internationales ( beach-soccer et futsal notamment) peuvent également se lire dans le programme des Jeux paralympiques, s’agissant du futsal et de sa forme adaptée, le cécifoot. Adopté par la Fédération française de handisport, le futsal n’est que l’une des variantes des formes de football adaptées en fonction des handicaps des joueurs : football pour les sourds, foot fauteuil électrique et cécifoot (« blind football ») disposent désormais de leurs propres compétitions, nationales et internationales. Proposé aux déficients visuels, le cécifoot se rapproche du futsal dans ses règles (cinq joueurs, deux mi-temps de 15 minutes disputées sur un terrain de 40 m x 20 m encadré par des barrières pour éviter la sortie du ballon), mais diffère dans la manière de jouer : les consignes du gardien aux joueurs de champ organisent les phases défensives, tandis que le son émis par le ballon en roulant au sol guide les phases offensives. En France, les premières compétitions officielles datent de 1998 et la discipline apparaît pour la première fois lors des Jeux d’Athènes en 2004. Le tournoi de cécifoot fait désormais partie intégrante du programme des Jeux paralympiques. En 2012 à Londres, Hakim Arezki et Yann Wouandji Kepmegni, tous deux membres de l’équipe de France, y obtiennent une médaille d’argent. Hakim Arezki Né le 20 mars 1983 à Azazga en Algérie, Hakim Arezki est étudiant à Tizi-Ouzou et participe aux émeutes lors du « printemps noir » en Kabylie (avril-juin 2001), violemment réprimées par les autorités (une centaine de victimes et plus de 10 000 blessés). Lors d’une manifestation le 27 avril, il est gravement blessé par les tirs de la gendarmerie et perd la vue suite au sectionnement de son nerf optique. Rapatrié en France pour y être soigné, il entame une longue rééducation, apprend le braille et le français à l’Institut des jeunes aveugles de Paris (IJAP) où il y découvre la pratique du cécifoot en 2004. Après avoir un temps exercé le métier d’accordeur de pianos, il reprend des études d’informatique, tout en collectionnant les titres : médaille d’or aux championnats d’Europe en 2009 et 2022, d’argent en 2013 et 2019, 8e place lors des Jeux olympiques de Tokyo en 2021, après avoir décroché la médaille d’argent aux Jeux de Londres en 2012. De l’aveu même d’Hakim Arezki, cette olympiade aura permis à sa discipline de gagner en visibilité médiatique : « En tant qu’athlètes, on a vraiment vu un avant et après Londres 2012. La médiatisation nous a notamment mis une claque, dans le sens positif. Pour la toute première fois, notre finale (perdue 2-0 contre le Brésil ndlr) était diffusée en direct sur le service public. » Évoluant au poste de défenseur en équipe de France et au Football Club Cécifoot de Précy-sur-Oise qui dispute le championnat de France B1, après avoir successivement été licencié à Saint-Mandé, aux Girondins de Bordeaux et au Sporting Club de Paris, le résident de Boulogne-Billancourt est aujourd’hui l’une des figures de proue d’une discipline qu’il contribue à promouvoir en Seine-Saint-Denis, en tant que président du Comité départemental handisport. Yann Wouandji Kepmegni Né le 28 avril 1993 à Douala (Cameroun), Yann Wouandji Kepmegni doit une myopie précoce à un placement en couveuse, avant de devenir définitivement aveugle à l’âge de 10 ans, à la suite d’un décollement de la rétine. Les deux opérations tentées en France pour recouvrer la vue échouent et l’amènent à fréquenter également l’IJAP, puis le lycée Buffon. Après l’obtention du baccalauréat, il poursuit un cursus en sciences de l’information et de la communication à l’université de Paris 8 pour devenir journaliste sportif. Tout comme Hakim Arezki, c’est au sein de l’IJAP qu’il découvre la pratique du cécifoot à l’âge de 15 ans, avant de jouer à l’AVH Paris Cécifoot, puis au club de Saint-Mandé depuis 2011, ainsi qu’en équipe de France dès 2010 à l’occasion de la Coupe du monde. Évoluant aussi bien en défense qu’en attaque, il est élu meilleur joueur du championnat de France cécifoot à l’issue de la saison 2009-2010 et enchaîne ensuite les titres internationaux : médaille d’argent lors du tournoi pré-paralympique en Turquie en 2011 et finaliste du championnat du monde cette même année, médaille d’argent à Londres en 2012 et à l’issue de la coupe d’Europe en 2013… Élu « meilleur espoir français » en 2013, il est considéré par la presse spécialisée comme l’un des meilleurs joueurs de sa génération. Comme bon nombre de ces sportifs français venus d’ailleurs, Hakim Arezki et Yann Wouandji Kepmegni défendront les couleurs de la France lors des Jeux de 2024 en pratiquant ce qui demeure encore aujourd’hui une « discipline invisible ». Le destin tragique du premier l’amène sans doute à considérer ces Jeux paralympiques comme un moyen de réaffirmer son attachement à son pays d’adoption : « Mais je suis aussi français et fier de l’être. Je m’enorgueillis de porter un certain nombre de valeurs et de convictions, qui renforcent mon attachement à ce beau pays. Cette belle France qui m’a sauvé la vie. Elle m'a accueilli après avoir été laissé pour mort dans les rues algériennes de Tizi-Ouzou. » Quant au second, cette compétition est l’occasion de renouer avec une antienne classique : « Dans le cécifoot, je retrouve des valeurs d’abnégation, de courage mais aussi de l’équilibre. On espère qu’à travers les Jeux paralympiques 2024 nous allons valoriser l’inclusion. Nous souhaitons être perçus par nos compétences et non pas par nos handicaps. »

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Gévrise Émane, Priscilla Gneto, Isabelle Yacoubou : trois médailles à Londres

Les Jeux olympiques et paralympiques de Londres en 2012 se sont déroulés dans l’une des villes mondiales les plus emblématiques et ont accueilli 10 518 athlètes issus de 206 Comités nationaux olympiques. L’organisation des Jeux a été portée par un engagement en faveur de pratiques environnementales durables et par la mise en valeur de la diversité des communautés dans lesquelles les épreuves sportives étaient intégrées. Le Comité olympique français a envoyé 330 athlètes aux jeux et s’est classé 7 e au classement général des médailles. Parmi ces médaillés, Gévrise Émane, Priscilla Gnetor et Isabelle Yacoubou sont nées en Afrique subsaharienne. La présence d’athlètes ayant la double nationalité résume la diversité de l’équipe de France, un phénomène historique en France. Double nationalité et plusieurs médailles Sport de démonstration aux Jeux de Séoul en 1988, le judo féminin est devenu une épreuve olympique aux jeux de Barcelone en 1992. Gévrise Émane, née en 1982 à Yaoundé au Cameroun et arrivée en France très jeune, a grandi en Seine-Saint-Denis. Elle est l’une des judokas les plus accomplies de l’histoire de France, ayant remporté cinq titres européens et trois titres mondiaux Déjà championne du monde en titre, elle remporte aux Jeux de Londres une médaille de bronze dans la catégorie des moins de 63 kilos en battant la Sud-Coréenne Joung Da-Woon. Sa partenaire en équipe de France de judo, Priscilla Gneto, née en 1991 à Yopougon en Côte d’Ivoire, est l’une des plus jeunes athlètes aux Jeux. Elle bat la Belge Ilse Heylen dans le combat pour la médaille de bronze dans la catégorie des moins de 52 kilos, un événement qui a contribué au lancement d’une carrière réussie dans laquelle elle a continué à gagner des titres, notamment aux Championnats du monde et aux Championnats d’Europe, ainsi qu’aux divers tournois de la Fédération internationale de judo. Les deux femmes ne sont alors que les deuxièmes Françaises à remporter une médaille pour la France dans leur catégorie de poids. Isabelle Yacoubou est née en 1986 à Godomey au Bénin. Elle représente d’abord ce pays aux Championnats du monde d’athlétisme jeunesse en 2003 et 2005 (lancer de poids). Elle rejoint ensuite le club de basket-ball français du Tarbes Gespe Bigorre à l’âge de 17 ans. Cette joueuse, qui a évolué au poste de pivot, a été sélectionnée 147 fois en équipe de France entre 2007 et 2016. L’équipe remporte les cinq matches du groupe B aux Jeux olympiques de Londres, puis bat la République tchèque et la Russie dans les phases éliminatoires, avant d’atteindre la finale pour la première fois de son histoire. Les tricolores s’inclinent lors du match pour la médaille d’or 50 à 86 face à la redoutable équipe américaine qui décroche sa cinquième victoire consécutive. La France a donc remporté la médaille d’argent après avoir réalisé une performance de classe mondiale, devant des audiences énormes, avec plus de 10 millions de téléspectateurs enregistrés sur la chaîne de télévision américaine NBC.

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Nantenin Keita, athlète de haut niveau et engagée

À l’heure où les Jeux olympiques de Paris 2024 se veulent inclusifs, le parcours de Nantenin Keita, sélectionnée pour ses cinquièmes Jeux, révèle la richesse du sport français. Elle est quadruple médaillée olympique et médaille d’or sur le 400 mètres aux Jeux paralympiques de Rio en 2016, multiple médaillée aux championnats du monde. Les raisons de son engagement Née à Bamako au Mali le 5 novembre 1984, fille du célèbre musicien Salif Keita, Nantenin Keita est atteinte des mêmes maux que son père : l’albinisme. Au-delà d’une peau blanche liée à une incapacité héréditaire à produire de la mélanine qui la rend très sensible aux coups de soleil et la prédispose au cancer de la peau, elle est atteinte d’une déficience visuelle prononcée. Elle n’a que 0,7 et 0,8 dixièmes aux yeux, avec des difficultés de perception à la fois des couleurs et des distances. C’est aussi ce qui explique sa nationalité française. En effet, elle précise volontiers dans ses entretiens que les personnes souffrant de cette pathologie en Afrique pâtissent d’une image ambiguë, entre pouvoirs magiques et présages de malheur. Ceci rend leur vie quotidienne extrêmement compliquée, aboutissant même à des meurtres, notamment dans la partie sud-sud-est de l’Afrique. Dans ces conditions, ses parents font le choix de l’emmener vivre en France à l’âge de 2 ans. Championne et compétitrice hors pair Nantenin Keita explique qu’elle est venue au sport non seulement pour canaliser une énergie débordante, mais également pour le dépassement de soi. Après avoir essayé plusieurs disciplines d’équipe comme le basket et le handball, sa préférence se porte sur les pistes d’athlétisme. Elle refuse toute commisération et s’entraîne avec les valides, s’imposant les mêmes exigences, bien qu’elle ne perçoive que les repères sur la piste. Elle remporte sa première médaille internationale en 2002, en étant vice-championne du monde du 400 mètres. Athlète polyvalente, elle s’aligne sur toutes les distances allant du 100 au 400 mètres. Elle a participé à quatre olympiades et remporté des médailles lors de trois d’entre elles. Aux Jeux paralympiques de Pékin en 2008, elle obtient le bronze sur le 400 mètres et l’argent sur le 200 mètres. À Londres en 2012, elle se classe troisième sur 100 mètres. La consécration survient aux Jeux de Rio en 2016 où elle remporte l’or sur 400 mètres. À sa grande déception, elle échoue à la quatrième place sur cette même distance aux Jeux paralympiques de Tokyo en 2021 pour ce qui devait être sa dernière participation à cette compétition. Cependant, les Jeux olympiques et paralympiques de 2024 qui se tiennent à Paris ont renouvelé la double motivation de la championne qui souhaite non seulement s’illustrer sur les pistes, mais également faire avancer la cause de l’inclusion des handicapés dans la société.