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Revue Mondes & Migrations Article de dossier/point sur

Le Kazakhstan face aux enjeux des Nouvelles routes de la soie

Pris entre la Russie et la République populaire de Chine, le Kazakhstan constitue un espace géopolitique convoité par ses deux grands voisins frontaliers. La république du Kazakhstan s’est construite à la chute de l’Union soviétique autour d’une identité eurasiatique fondée sur un attachement à la terre et une ouverture aux échanges économiques. Dans ce cadre, le projet des Nouvelles routes de la soie augure une nouvelle étape dans les relations entre la Chine et le Kazakhstan. Malgré une sinophobie présente dans le pays, liée notamment à la propriété foncière, la république kazakhe semble peu à peu se détacher de l’influence russe.

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Belt and Road Initiative et mobilités chinoises contemporaines aux Philippines

Le jeu représente une industrie florissante aux Philippines et attire de nombreux touristes, surtout chinois. Pour répondre aux besoins de cette population de joueurs, les flux migratoires en provenance de Chine se sont développés. La venue d’employés chinois recrutés pour leur connaissance du mandarin et certaines compétences numériques conduit à la recomposition des communautés chinoises déjà implantées aux Philippines. Ce renouveau des mobilités chinoises intervient dans un contexte de densification des relations diplomatiques entre la Chine continentale et l’archipel philippin.

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La migration chinoise et les communautés sinisées

Depuis les années 2000, la Chine développe de plus en plus son pouvoir diplomatique, stratégique et économique en Asie du Sud-Est. Pour ce faire, elle s’appuie sur des communautés chinoises à la fois bien intégrées au sein des populations locales, tout en étant à même de réaffirmer l’identité et les valeurs chinoises. Cette ressource stratégique sur le plan culturel participe du processus chinois d’intégration économique en Asie du Sud-Est, la Chine représentant le principal partenaire des pays de la région, réunis dans l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean).

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La Route de la soie et les dynasties chinoises

Réseau principalement dédié au commerce chinois, la Route de la soie a également été utilisée pour l’espionnage, le renseignement et les expéditions militaires. Elle a permis la transmission de biens, d’idées et de religions, et a aidé les différentes dynasties chinoises à sortir le pays de son isolement pour le transformer en empire expansionniste vers l’Ouest.

Revue Mondes & Migrations Éditorial

L’Asie mondialisée ?

L'actualité n’est pas le temps de la revue mais guide l’agenda éditorial à moyen terme. L’intensification des crises en cette fin d’année 2023 fragilise nos sociétés à peine sorties de l’épidémie de la Covid-19, dérèglement climatique, enlisement des combats en Ukraine, conflit au Proche-Orient et ses ondes de choc, montée des populismes et de l’extrême-droite en Europe, attaques terroristes, violences policières, antisémites et racistes dans une France divisée, débat houleux sur le projet de loi sur l’immigration. La revue prend acte de tous ces enjeux critiques, au moment où la commémoration des quarante ans de la Marche pour l’égalité et contre le racisme rappelle la dureté d’une réalité traversée par de multiples inquiétudes. (Re)découvrir l’histoire des migrations asiatiques La saison Asie du Palais de la Porte Dorée lancée en octobre 2023 invite la revue à (re)découvrir l’histoire des présences asiatiques en France, à la fois ancienne et complexe. Des circulations de commerçants et d’entrepreneurs du XIXe siècle à la mobilisation de soldats et de travailleurs coloniaux lors des deux conflits mondiaux, des mobilités étudiantes venues se former en métropole aux arrivées de réfugiés lors des guerres de décolonisation, sans oublier les migrations chinoises plus récentes, c’est la grande pluralité des origines, (Vietnam, Laos, Cambodge, Chine, Japon, principalement), des profils et des temporalités migratoires qui se cache sous l’image lissée d’une "migration asiatique" peu investie, par ailleurs, par les travaux de recherche. Il y a bientôt un demi-siècle, les boat-people étaient accueillis par un élan de solidarité relayé dans les médias, au moment où la France se fermait à l’immigration de travail. Invisibles dans le récit national, plusieurs générations se mobilisent depuis des décennies pour l’égalité des droits, et contre un "modèle asiatique" associant la réussite d’une immigration silencieuse et travailleuse à des représentations héritées d’un imaginaire colonial. Cette reconnaissance passe par la construction d’un patrimoine commun à l’histoire de la France. S’inscrivant dans une démarche participative, le Musée a lancé une collecte de témoignages et d’objets auprès des populations issues de l’Est et du Sud-Est asiatiques dont la revue publie les résultats. Cette collecte est destinée à enrichir un patrimoine dont le portfolio de ce numéro présente une sélection. La littérature, qui dessine un espace foisonnant de récits et de mémoires des migrations, est traversée de trajectoires asiatiques. Kei Lam, lauréate en 2023 du prix BD de la Porte Dorée, pour son roman graphique Saveur du béton (Steinkis, 2021) évoque le choc familial face à l’irruption, liée à la pandémie, d’un racisme antichinois. Le « tournant chinois » Le dossier scientifique porte sur la stratégie culturelle, géopolitique et commerciale de la Chine dans les pays traversés par l’ancienne Route de la soie. Il analyse la manière dont ce projet global cherche à structurer des corridors de développement au bénéfice de l’économie chinoise, en s’appuyant sur les réseaux diasporiques et des migrations impulsées d’en haut pour tisser des solidarités mondialisées et consolider les chantiers d’infrastructures, de délocalisations industrielles et autres investissements. Ce maillage humain joue un rôle clé si l’on observe la relation entre les routes, les circulations et la mise en œuvre des orientations de ces Nouvelles routes de la soie. Le dossier fait apparaître l’extrême hétérogénéité des réalités territoriales qui se construisent au fil de ces routes. Il pointe aussi leurs conséquences sur l’avenir des présences chinoises à l’étranger, en termes d’instabilité économique, de fracture sociale, et de rejet culturel dans le sillage d’une mondialisation de la Chine encore peu appréhendée. Adieu Mouloud Hommes & Migrations rend hommage à Mouloud Mimoun décédé dans la nuit du 23 novembre après une longue maladie. Pivot de l’émission Mosaïque et fondateur du festival Le Maghreb des films depuis 2009, il avait mis son talent de journaliste et de réalisateur à profit pour la chronique "Cinéma" dans nos colonnes pendant près d’une décennie, ne boudant pas les films à succès populaire pour nous faire découvrir des perles rares, film d’auteurs intimes ou documentaires sur des sujets audacieux. Sa connaissance érudite du cinéma des pourtours de la Méditerranée et de l’exil va nous manquer, comme sa plume alerte et joyeuse.

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La migration chinoise dans l’Extrême-Orient russe : anciens débats, nouveaux enjeux

La circulation migratoire entre la Chine et la Russie autour de leur frontière commune varie en fonction de leur coopération bilatérale et de ses ambiguïtés. Si le développement économique des deux pays conduit les migrants chinois à s’installer et à travailler dans l’Extrême-Orient russe, leur présence ne fait pas l’unanimité en Russie. Malgré le récent rapprochement politique sino-russe, la période contemporaine est marquée par une situation socio-politique et économique dégradée en Russie, dont l’effet dissuasif est important. En réponse, les catégories de migrants chinois se diversifient et les flux diminuent.

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Nouvelles Routes de la soie et migrations

Dix ans après le discours de Xi Jinping en septembre 2013 à Astana, qui a officialisé le projet géopolitique et géoéconomique chinois des Nouvelles routes de la soie, ce dossier de la revue Hommes & Migrations confronte ce projet aux migrations chinoises. Après « Chinois de France » paru en 2005 et « Migrations chinoises et générations » en 2016, les articles de ce numéro abordent sous différents angles le « tournant chinois » du siècle. En effet, dans un contexte mondial qui peine à se définir à la sortie de la guerre froide, le projet chinois, dont on ne mesure pas encore les conséquences, alimente les débats. Dès les années 1880, les migrations chinoises débutent, avec notamment la figure du blanchisseur en Californie, dans les villes côtières américaines, et donnent naissance au terme « chinatown ». En France, le champ de l’orientalisme, où la sinologie française a été pionnière, a longtemps contribué au développement des connaissances sur la Chine. Mais, en ce début du XXI e siècle, les connexions entre migrations chinoises et Nouvelles routes de la soie constituent un nouveau champ de recherche que ce dossier tente ici d’appréhender. L’émergence de plusieurs notions, telles que l’Eurasisme, le Chindia et l’afro-asiatisme, marque la fin du XX e siècle et le début du XXI e . Le nouvel ordre mondial issu de ces vingt dernières années nous conduit à identifier des moments charnière dans la circulation des idées, au travers d’intermédiaires culturels et autres go-between , et les géographies intellectuelles singulières qui en découlent. Les échanges euro-américains sur les migrations, comme l’École de Chicago, cèdent la place aux réflexions sur ces nouvelles routes, à l’instar du transfert des idées du « Sud global » vers les pays du Nord. Ces perspectives animent ainsi les débats qui mobilisent des concepts venus d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine, et les agents sociaux qui y contribuent sont des points clés. Mais quelles disciplines participent plus particulièrement à l’étude des Nouvelles routes de la soie en comparaison avec celles menées sur les migrations ? Comment cet objet est appréhendé et dans quelles régions ? Du point de vue spatial, les Nouvelles routes de la soie couvrent l’Afrique, l’Europe et l’Asie avec des corridors terrestres traversant l’Asie centrale, le Moyen-Orient, la Turquie et la Russie, du Kazakhstan aux villes turques d’Izmir et d’Istanbul, de l’Asie du Sud-Est à Dakar. Toutefois, dans cette dynamique, des populations locales peuvent aussi ne pas adhérer à ce projet, tels les Baloutchis, les pêcheurs de Gwadar au Pakistan, ou encore les migrants afghans. En outre, les corridors maritimes de l’océan Indien, du golfe Persique, de la Méditerranée et de l’océan Pacifique vers l’Amérique latine, tout aussi importants, sont peu abordés dans les recherches sur les Nouvelles routes de la soie. Quant aux disciplines, ce sont les approches politiques qui prédominent en France, les relations internationales se combinant aux sciences politiques et à la géopolitique critique. Sans oublier la contribution de la presse et des autres médias. En revanche, l’anthropologie et la sociologie participent peu à ces connaissances, ainsi que le courant orientaliste et les postcolonial studies restés en arrière-plan. Ajoutons enfin que la particularité de ce dossier se situe dans la combinaison des Migration Studies et des Silk Road Studies . Il annonce un processus intergénérationnel avec un renouvellement dans la méthode et le choix des thèses, tout en contribuant également à relancer l’étude de la diaspora chinoise. En outre, ces enquêtes menées dans le cadre des nouvelles routes modifient l’approche classique des migrations. Et il ne s’agit pas uniquement d’un projet économique, mais bien d’un projet de société, projet qui semble perturber l’Occident. Quant à la Chine, l’instabilité politique de plusieurs pays ne manque pas de souligner les fragilités inhérentes à ce programme de grande ampleur.