Green Border d’Agnieszka Holland est un cri d’alarme pour éveiller les consciences aux réalités humaines des migrations. À travers une « fiction réaliste », la réalisatrice polonaise âgée de 75 ans représente sur un ton bouleversant et sans filtre, ou presque, la tragédie des migrants aux portes de l’Europe. Dans une fresque en noir et blanc, les migrants, les bourreaux au service des États polonais ou biélorusse, les activistes et les populations d’accueil s’expriment. [...]
Avec son dernier film Moi capitaine , Lion d’argent à la 80 e Mostra de Venise en 2023, Matteo Garrone, réalisateur de Gomorra, Dogman et Pinocchio , revient sur un thème qui lui est cher, celui de l’immigration clandestine. Avec Hôtes (1987) et Terra di Mezzo (1988), il avait en effet déjà porté un point de vue singulier sur cette question. Au Sénégal, Seydou (Seydou Sarr), un jeune adolescent de 15 ans, et son cousin, Moussa (Moustapha Fall), vivent une vie paisible entre devoirs familiaux et vie scolaire. Mais ces deux-là trament quelque chose. Après la classe, ils gagnent quelques billets en travaillant en cachette comme maçons. Cet argent récolté en secret doit leur permettre de fuir leur pays en quête de réussite sociale. Les deux jeunes hommes, joyeux chanteurs et compositeurs nourris par le rêve d’un Occident idyllique alimenté par les réseaux sociaux, se plaisent à imaginer leur succès au-delà de la Méditerranée. [...]
Ce premier long-métrage du cinéaste chilien Felipe Gálvez, Prix de la critique internationale dans la catégorie Un certain regard au Festival de Cannes, revient sur l’histoire méconnue des colons du début du XX e siècle au Chili. Trois hommes que tout oppose, trois supposés héros dans ce film choral qui n’en compte aucun, le lieutenant britannique MacLennan, Bill, un mercenaire américain, et Segundo, un métis, sont engagés par un riche propriétaire terrien chilien, Jose Menéndez, pour arracher leurs terres aux autochtones et ouvrir une route vers l’Atlantique. Personnages fictifs et personnages historiques se côtoient. Les images d’archives du générique viennent valider la véracité des faits. On y voit la famille Menéndez et le vrai Jose Menéndez. Il ne s’agit pourtant pas ici de reconstruction fidèle, mais bien de la vision subjective du cinéaste sur cet épisode historique. [...]
Fremont est le quatrième long-métrage du réalisateur iranien Babak Jalali. Lauréat du Prix du jury du Festival du film américain de Deauville et sélectionné au prestigieux Sundance Festival, il continue à faire un passage remarqué en salle et dans les festivals. [...]
Après la réalisation de deux courts-métrages acidulés et grinçants, un brin déjantés, Zombies et Avenue Kaniama (disponibles sur YouTube), et en parallèle d’une brillante carrière de musicien et de fashion designer , Baloji sort son premier long-métrage sélectionné à Un certain regard à Cannes en 2023. La sortie du film a été accompagnée d’une exposition itinérante présentant les costumes et d’un album musical. [...]
Condamné à disparaître après la prise du pouvoir par les talibans en 2021, l’Institut national de musique d’Afghanistan (Anim) a pu renaître au Portugal grâce aux deux ans d’efforts déployés par son fondateur, le D r Ahmad Naser Sarmast. Créée à Kaboul en 2010, cette école de musique s’opposait aux valeurs imposées par les islamistes. Elle prônait la mixité sociale comme celle des genres, et enseignait les répertoires de tradition afghane et de musique classique occidentale. L’irruption des talibans, réfractaires à toute forme de musique et de mixité, imposait de mettre en sécurité les près de 600 élèves, employés et professeurs de l’institut avec leurs familles ; de leur faire quitter l’Afghanistan ; de permettre à l’Anim de poursuivre son activité en assurant que la musique afghane continue de se transmettre en exil. Autant de défis relevés par le D r Sarmast. Retour sur cette épopée contre l’obscurantisme.
Une fois de plus, la France s’est offert le luxe d’une crise de nerfs autour d’une énième loi sur l’immigration. Une fois de plus ou une fois de trop ? Car davantage encore qu’à un nouveau durcissement législatif en matière d’entrées et de sorties des étrangers auquel le pays est habitué depuis 1980 et les quelque 30 lois votées, nous assistons peut-être à un changement de nature, à l’émergence de nouveaux paradigmes, à la fabrique d’un bouc émissaire, à un jeu dangereux avec des valeurs républicaines et plus encore françaises. Ici, le microcosme politico-médiatique s’invective quand les Ukrainiens résistent, peut-être, au nom de la démocratie, quand, au Proche-Orient, la haine est déversée pour plusieurs décennies, et qu’à Dubaï, la COP 28 sur le climat ne convainc pas tous les observateurs. L’avenir est indécis, mais de cette incertitude naît une certitude : de nouvelles migrations internationales sont à prévoir. Qu’importe ! L’irréductible Gaulois, réfractaire et querelleur, se divise et se chamaille, certains craignant pour leur intégrité parce que quelques métèques s’aventurent sur ses côtes et ses frontières. Le bateau coule ? Enfermons-nous dans la cabine ! Hier le pays de Voltaire, de Diderot et d’Hugo pouvait inspirer le monde, aujourd’hui les débats autour de la loi sur l’immigration en font la risée de la presse internationale. Ainsi, dans l’émission Les informés (Franceinfo, 16 décembre 2023), le journaliste italien Alberto Toscano notait que « le gouvernement ne s’y est peut-être pas très bien pris, […] quand l’arithmétique dit qu’un gouvernement n’a pas de majorité absolue, il faut bien trouver une solution et la solution ne peut pas être seulement le 49.3 à répétition et une loi qui ne peut être débattue ». Vaiju Naravane, journaliste indienne, insiste : l’usage répété de l’article 49.3 est « une aberration dans une démocratie ». L’espagnol Juan José Dorado déclare : « J ’ai vraiment mal quand j’entends des ministres nous dire que le Parlement n’a pas eu la possibilité de débattre sur l’immigration, quand effectivement ils l’ont empêché à 21 reprises [l’usage du 49.3]. Mais ce qui me fait le plus mal par rapport à la France, c’est justement qu’on fait de l’immigration un sujet majeur alors que, quand vous regardez les chiffres de l’OCDE, la part des immigrés dans la population française est sous la moyenne des pays OCDE […]. On fait de l’immigration le mal absolu en France, ce qui n’est pas du tout le cas et c’est pour ça que ce qui a été proposé par la droite au Sénat me paraît dangereux. » Enfin, Brigitte Adès, chef du bureau britannique de la revue Politique internationale , se dit « très surprise car il n’y a pas tant d’étrangers en France que ça, 7,8 %, aujourd’hui, en 1946 il y en avait 6,5 % [en fait 4,4 % en 1946, mais effectivement 6,6 % en 1931 selon l’Insee]. Il ne faut pas exagérer. Je crois que ce n’est pas ça le problème. Les Français ne sont pas obsédés par ce problème, ils ont des problèmes de fin de mois et ça c’est vraiment fondamental. Il y a une polarisation politique et une volonté d’instrumentalisation de cette loi qui sera complètement inefficace et qui va décevoir les Français. Elle ne sert à rien parce que le problème n’est pas de pouvoir renvoyer les gens qui sont illégaux chez eux [mais] les pays qui ne veulent pas les accepter ». [...]
Le nouveau dossier proposé dans le cadre du projet de recherche Causimmi concerne les usages du droit, à l'heure où le Gisti fête ses 50 ans. Prenant son essor dans les années 1970, ce répertoire des luttes est central dans la cause immigrée parce qu’il touche à la défense des droits des étranger·ères présent·es sur le territoire depuis plusieurs années ou bloqué·es à la frontière. La défense peut se faire au titre de la demande de séjour, de la demande d’asile ou encore de la défense des droits humains. Si les professionnel·les du droit investissent les associations, ces dernières comptent également sur des militant·es qui développent une expertise juridique par la pratique.